Jeu 08 mai 2014

Un blog de Małgorzata Rejmer à Hasselt & Genk (3) « Comment ça, difficile ? »

Małgorzata Rejmer © SawomirKlimkowskiL’écrivaine polonaise Małgorzata Rejmer est une des participantes au projet citybooks Hasselt-Genk. Tout au long de sa résidence dans ces deux villes, elle a pris quotidiennement quelques notes sur ce qu’elle y a vécu. La Belgique n’est pas vraiment ce qu’elle en attendait !

Lire ici la version original en polonais

 

Troisième partie : de Hasselt à Genk : Comment ça, difficile ?


Vendredi


Dans le cadre de mes recherches sur le terrain, je vais assister à un festival de rock local. Alors qu’autour de moi, on n’a cessé de prétendre avec conviction que les Belges sont des gens très fermés, au bout d’une semaine, je ne peux me montrer en rue sans que je rencontre quelqu’un, que je salue à gauche ou à droite ou que j’aille prendre un café en bonne compagnie. Au festival : tout un public de nouvelles connaissances. Quand je dis à Ben en maugréant un peu qu’il est difficile d’accoster n’importe qui en lui posant des questions sur le suicide, il dit :

- Comment ça, difficile ?

Il interpelle une jeune fille qui passe près de lui :

- Hé, ma copine ici écrit un article sur les suicides en Flandre. Tu connais quelqu’un qui s’est suicidé ?

La fille nous dévisage et dit :

- Ma meilleure amie s’est pendue le mois dernier.

Nous la regardons, époustouflés.

La fille continue à sourire.

 


Samedi


Je passe mes derniers moments à Hasselt en train de lire un liver sur un banc près de l’église. Un peu plus tard, une famille belge s’installe près de moi. Bonnes manières, cheveux blonds, gentillesse. La maman n’arrête pas de réprimander les enfants, ils ne doivent surtout pas m’importuner en parlant trop fort.

Une heure plus tard, je suis dans le bus qui m’emmène à Genk. À côté de moi, une femme hindi frêle et triste, un peu plus loin un groupe de Palestiniens qui se chamaillent, au fond du bus un petit groupe d’enfants turcs qui se donnent des tapes sur la tête. La musique résonne comme si elle était souterraine.

 


Lundi


La pluie tombe du ciel dans le vide. Hasselt est un cercle soigneusement tracé rempli de gens. Par contre, Genk n’est qu’une seule rue étroite et déserte où ne souffle que le vent. Où trouver des gens ici ?

 


Mercredi

Je rencontre Marie dans un café local et la première chose qui me frappe est sa chevelure rousse, comme du feu qui lance des étincelles. Je lui dis que je me sens un peu perdue à Genk.

Genk est une tout autre ville que Hasselt, m’explique Marie. En fait, tout autre que toutes les autres villes belges. Genk appartient aux minorités qui sont venues de tous les coins du monde pour travailler dans les mines : les Polonais, les Italiens, les Roumains, les Turcs…

- Ce que je veux dire, regarde-moi : mon père est irlandais, ma mère allemande.

- Et toi, quelle est ta nationalité ? lui demande-je.

- Je suis de Genk, dit Marie en riant. Mon identité, c’est la ville de Genk. Il se dit qu’un Belge a de naissance une brique dans le ventre parce qu’il veut toujours habiter là où il est né et construire sa maison dans son lieu de naissance. Il n’aime pas déménager, peut-être à cause de cette brique. Je suis née à Genk et où que j’aille un jour, je dirai toujours que je suis de Genk.

 

 

Małgorzata Rejmer écrit actuellement un citybook sur Hasselt et Genk. Surveillez le site web pour découvrir quand vous pourrez lire et écouter son histoire en polonais, en néerlandais, en anglais et/ou en français.

Foto © Sawomir Klimkowski

 

Close

réaction sur ce post

Domaines marquées par petite étoile sont obligées.

n'est pas montré