Jeu 25 juillet 2013

Carnets du souterrain # 23

Les 24 City One Minutes sur Stellenbosch ont été réalisés par la vidéaste Emma Lesuis. Dans ces Carnets du souterrain, elle évoque sa rencontre avec Kobus, le personnage principal d’un de ses 24 films, « bien que j’aurais pu lui consacrer la totalité de ces petits films », dit-elle. Pour en savoir plus et regarder les vidéos…

kobus © emma lesuis
© Emma Lesuis

Kobus

« Je ne suis pas blanche mais pas noire non plus », dis-je en réponse à la question de Kobus qui veut savoir si je suis tout comme lui ‘coloured’. Il a un regard d’incompréhension quand je lui dis qu’en Europe aussi, il y a des ‘gens de couleur’.

Kobus a trente-six ans et il est jardinier dans une ferme viticole à Stellenbosch, en Afrique du Sud. Dans les publications, Stellenbosch est présentée comme la perle du Cap-Occidental, avec ses fermes viticoles et son université prestigieuse fréquentée par des étudiants prestigieux. Un endroit paisible où de robustes joueurs de rugby marchent pieds nus dans les rues et où les bâtiments de style hollandais du Cap resplendissent dans le soleil africain.

Mais de l’avis de Kobus, Stellenbosch n’est pas aussi paisible qu’elle en a l’air. Lui-même habite Cloetesville, une ‘banlieue’ de Stellenbosch où n’habitent que des ‘gens couleur café’. Je dis à Kobus que cela me paraît chouette d’habiter parmi des gens qui ont tous l’air pareil. « No, no, no », dit Kobus en agitant les deux mains devant lui en signe de dénégation. Il dit qu’à Cloetesville habitent des gangsters qui font des choses que le Bon Dieu a interdites.

Mais Kobus me rassure en affirmant que lui n’est pas un gangster. J’observe les tatouages sur son bras. Un petit visage déformé devrait représenter Mickey et le ‘Dr. King’ tatoué sur sa main était son nom en taule. Mais, insiste-t-il encore, d’avoir été en taule ne signifie pas qu’il soit un gangster. Il s’agissait de légitime défense.

Je fixe le trou noir de sa bouche où auraient dû se trouver des dents et je me souviens d’un documentaire sur les gangsters du Cap-Occidental qui avaient la bouche édentée en guise de code de gangster. Le dentiste clandestin arrachait les dents pour trois fois rien. Mais pas chez Kobus ! Lui, il était tombé de bicyclette en saluant un copain au passage. Les apparences trompent, m’enseigne-t-il. Surtout à Stellenbosch.

(Emma Lesuis – vidéaste)

 

Kobus est le personnage principal d’un de les 24 films sur Stellenbosch, « bien que j’aurais pu lui consacrer la totalité de ces petits films », dit-elle.

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