Where Did the Birds Go?

Où sont allés les oiseaux ?

Maïssa Bey

Maïssa Bey

Maïssa Bey (Algeria, 1950) is the pseudonym under which Samia Benameur writes and publishes. She studied literature in Algeria, and French in Sidi-Bel-Abbès and works as a teacher of French. In 2000, she established the women’s organisation Paroles et écritures, which organises writing studios and writers’ meetings, and which, in 2005, set up a library. Although her mother tongue is Arabic, Bey writes in French. Since her debut novel Au commencement était la mer (1996), she has published numerous novels, theatre pieces, essays and poems. Her work has also been awarded prizes: Cette fille-là (2001) received the Marguerite Audoux prize, and in 2005 Bey was awarded Le Grand Prix des Libraires Algériens for her entire literary oeuvre.

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Où sont allés les oiseaux ?

I

Si je suis là aujourd’hui, c’est en partie à cause de ma grand-mère. Mais aussi, tu le sais, parce que je fais actuellement une enquête sur les essais nucléaires français de Reggane dans le Sud algérien. Un prétexte tout trouvé.

Cette grand-mère que tu as à peine connue, tout le monde l’appelait Mama Danya. Tu te souviens d’elle ? Je n’en suis pas très sûr. Tu avais à peine cinq ans quand elle est morte. Juste le temps qu’elle puisse te prendre dans ses bras, se réjouir de la naissance de cette petite-fille qui portait son nom. Elle disait de toi que tu lui ressemblais. Et c’est vrai, quand je te regarde aujourd’hui, je retrouve ses traits et aussi – cela m’émeut à chaque fois – cette façon qu’elle avait de plisser les yeux et de serrer les lèvres dès que quelque chose n’allait pas. Tu ne l’as pas suffisamment connue pour te souvenir de son visage. Pas assez non plus pour l’avoir entendue parler de YBER.

C’est pour cela que je t’écris cette lettre. Tu ne recevras cette lettre que lorsque je serai rentré chez moi. Au bled. L’enveloppe est un peu volumineuse, n’est-ce pas ? Tu dois te demander pourquoi je t’écris. Nous nous parlons presque chaque jour au téléphone depuis que je suis là. Cela aurait pu être suffisant. Mais non ! Du moins pas pour moi. J’ai décidé de consigner chaque moment de ce voyage. Parce que ce n’est pas un voyage comme les autres. Et c’est en lisant cette lettre que tu comprendras pourquoi.

Je voudrais qu’après l’avoir lue, tu aies l’impression d’avoir fait ce voyage avec moi. Mais surtout, comme je l’ai vécu moi-même là-bas, l’impression d’avoir fait un voyage dans le temps.

 

II

J’ai mis du temps, beaucoup de temps avant de découvrir que Yber, ce mot que j’ai si souvent entendu pendant mon enfance, ce n’était rien d’autre qu’Ypres, prononcé à l’algérienne par une vieille femme qui ne lisait ni ne parlait le français et ne connaissait pas les consonnes de cette langue. Cette vieille femme, c’était elle.

Pourquoi Yber ? Pourquoi n’avait-elle retenu que cela ? Ce mot avait pris pour elle et pour le reste de la famille des tonalités funèbres. Celles de la mort et du ressentiment.

Yber. Pour nous, c’était un lieu lointain, inconnu, maléfique, situé quelque part là-bas, de l’autre côté de la mer. Bien au-delà. Je m’en souviens encore ; en guise de menace, on disait à un enfant qui n’était pas sage qu’on l’emmènerait là-bas.

Depuis le jour où il avait été prononcé devant elle, ce mot s’était incrusté dans sa mémoire, et il ne se passait pas de jour sans qu’elle ne le prononce à son tour. Comme si le simple fait de dire « Yber » lui rendait intact le souvenir de son mari. Elle disait : « Il est mort à Yber. » Immanquablement elle ajoutait : « C’est la France qui me l’a pris. »

Je ne t’en ai jamais parlé, mais aussi étrange que cela puisse paraître aujourd’hui, ma grand-mère avait connu et aimé son époux bien avant le mariage. Ils étaient cousins, avaient grandi ensemble et tout naturellement s’étaient très vite rapprochés l’un de l’autre. Des rapprochements interdits, accompagnés sans doute de plaisirs que la morale réprouve, aiguisés par la peur d’être surpris, ajoutait-elle avec un sourire malicieux et éloquent. Elle racontait même qu’elle et lui savaient déjouer la surveillance des adultes pour se retrouver derrière le rocher qui abrite la source, tout près du village. Elle devait avoir entre quatorze et quinze ans quand enfin, elle fut légalement à lui. Leur mariage dura quinze jours. Quinze jours qui leur suffirent pour procréer. « Il aurait voulu un fils, mais je voulais de toutes mes forces une fille. Pour qu’on ne me la prenne pas. Pour qu’on ne l’emmène pas faire la guerre. »

Ce fut une fille. Ma mère. Enfant posthume.

Je ne connaissais rien de l’histoire de ce grand-père mort dans un pays étranger. Rien non plus de l’histoire de mon père.

Des pères qui ont rencontré l’Histoire, sans doute à leur corps défendant.

 

III

J’ai loué une voiture en arrivant à l’aéroport. Presque deux heures de route depuis Bruxelles. Pour tout te dire, je ne m’attendais vraiment pas à découvrir une ville aussi coquette, aussi résolument tournée vers la lumière et vers la vie. Mais c’est peut-être le soleil. Il y fait aujourd’hui presque aussi beau que chez nous. Soleil un peu plus froid, mais ciel bleu, très bleu, entamé de quelques nuages légers et blancs, cotonneux, traversé de vols d’oiseaux, aussi rapides qu’un battement de cils. Tout est calme. Tout est silencieux.

Dans les rues avoisinantes de l’hôtel où je suis logé, pas âme qui vive. C’est un peu déstabilisant, je te l’avoue, pour moi qui suis habitué au vacarme quotidien de la rue et des passants qui, à toute heure du jour, l’occupent. Me manquent un peu les cris familiers des marchands ambulants, les appels des collecteurs de pain sec, les exclamations joyeuses des enfants qui tapent sur un ballon au milieu de la chaussée et les voix des femmes qui s’interpellent de balcon à balcon. Les crissements de pneus aussi et la musique qui déborde au-delà des vitres baissées des voitures, musique Raï, cris d’amour et de désespérance.

 

IV

À huit heures du soir, tu m’appelles. Tu me parles avec des sanglots dans la voix. Tu as la télé dans ta chambre ? Tu as suivi les informations ? Tu as vu ?

Oui, j’ai vu. Je sais de quoi tu parles. Tu raccroches sur ces mots : « C‘est trop dur ».

Ces bateaux à la dérive, ces mains levées, ces corps enveloppés dans des couvertures de survie, ces expressions affamées, désespérées, te hantent. Tu me rappelles au milieu de la nuit. Tu m’en parles pendant plus d’une heure. Comment trouver le sommeil ? Ces femmes. Ces hommes. Ces enfants. Tous engloutis par notre mer. La mer Méditerranée.

Je sais qu’ils vont peupler mes rêves et les tiens.

La mer est maintenant un cimetière bien plus grand, bien moins encombrant pour les vivants que la terre. Et ce cimetière-là n’empiète pas sur les espaces de vie, sur les champs de blé et les zones constructibles.

La mer engloutit en son sein… On pourrait presque écrire un poème.

Elle efface toute trace de ceux qui ont cru pouvoir vivre leurs rêves.

Dans le meilleur des cas, quelques fleurs jetées par-dessus bord. Quelques minutes de recueillement. Des prières. C’est tout.

Avril 2015. Un bateau accoste sur les côtes italiennes. À bord, des migrants. Hommes, femmes, enfants. Ils sont accueillis par des hommes portant masques, bottes et gants blancs. Ils jettent un regard hagard à la caméra qui les filme. Commentaire de la journaliste : « Ce sont les quelques survivants d’une terrible tragédie. Il y aurait plus de sept cent naufragés. »

Les tragédies sont toujours terribles. Surtout lorsqu’elles se déroulent sous l’œil indifférent des spectateurs.

 

V

Août 1914 : mobilisation générale. La France est en guerre contre l’Allemagne. L’Algérie est un département français.

On est loin, très loin des temps héroïques, de la fanfare, des sourires des femmes et des petits drapeaux agités en signe de bienvenue lorsqu’un bateau arrivait d’Afrique pour laisser se déverser sur le sol français des hommes coiffés de chéchias et vêtus d’uniformes si pittoresques.

Je voudrais mettre de l’ordre dans ce que je te livre, dans ce que je vois. Mais après tout, quel ordre y-a-t-il dans ce monde pour que nous cherchions à être cohérents, audibles, lisibles ?

Avril 2015. Avril 1915.

Quelques décennies plus tôt, des bateaux accostaient les uns après les autres dans les ports de France. Des bateaux chargés d’hommes et d’espoirs. L’armée africaine débarquait à Toulon, Sète, Marseille. Les hommes avaient répondu à l’appel de la patrie !

Et la foule amassée le long du débarcadère criait : « Vive les troupes coloniales ! Allons enfants ! Il faut sauver la patrie en danger. La France a besoin de ses fils ! De tous ses fils. Sans distinction de race, de couleur ou de religion. »

Lu sur une affiche de ce temps-là, « Hommage à ces milliers de volontaires indigènes qui ont combattu pour la France bien-aimée, avec autant de courage que les Français eux-mêmes, ou qui ont rendu à l’arrière les plus précieux services ».

Un siècle sépare ces images.

Mon grand-père fut l’un de ces indigènes. Je ne sais pas s’il fut volontaire. Ou même courageux. Je ne sais pas si ses congénères et lui furent sensibles aux acclamations et aux manifestations d’amour qui les ont accueillis à leur descente du bateau.

Mon grand-père, un héros ? Je pense qu’il n’a pas vraiment eu le temps de se distinguer. Il fut incorporé dans le 1er régiment des Tirailleurs Algériens. Des soldats surnommés par l’ennemi, « Turcos ».

Je sais maintenant que mon grand-père est mort à Ypres le 22 avril 1915. Son régiment était en première ligne. Il faisait beau ce jour-là. Il est mort quelques mois à peine après son incorporation. Rayé des listes le jour de l’attaque au gaz. Il y a donc un siècle, jour pour jour. La date est inscrite sur une fiche que j’ai retrouvée très récemment dans les papiers conservés par ma mère. Il y est écrit en toutes lettres que mon grand-père est mort pour la France. Sur cette même fiche, en réponse à la mention « Cause du décès » il est précisé « disparu ». Ce qui veut dire que son corps n’a pas été retrouvé. Il repose quelque part dans les champs de la bataille de Flandres.

Voilà. Je voudrais que tu saches que, quelque part, dans cette région où je suis de passage, reposent les restes de ton arrière grand-père. Quelque part, au sein de cette terre que je découvre en ces jours de printemps.

Ce sont des lieux paisibles, ensoleillés. Comment ne pas être sensible à la qualité particulière de la lumière passant à travers le feuillage des arbres ? Champs verdoyants et silencieux. Si paisibles, si silencieux que j’ai du mal à imaginer qu’ils furent le théâtre d’opérations terribles, meurtrières et parfois barbares. Barbares de la part des Allemands, bien entendu. Les barbares, ce sont toujours les autres.

Les livres d’histoire parlent de réquisition. De conscription. D’engagement volontaire. De prime d’incorporation. Comment et pourquoi mon grand-père est-il parti à la guerre ? Sans la fleur au fusil. De cela, je suis sûr.

Il était paysan. Sans terre. De cela, je suis sûr aussi. Il était illettré. Ma grand-mère n’avait pas de mots assez durs pour fustiger le Caïd qui avait envoyé son époux à la mort. Elle parlait de tirage au sort et de remplacement. Mais tout était si confus dans sa tête qu’elle mélangeait les dates, les personnes et même les causes. Elle a vécu trois guerres.

Abdelkader Ben Ahmed Ben Ameur est mort pour la France.

Et son gendre, mon père, est mort quelques années plus tard pendant une autre guerre, est mort en combattant la France. Tragédie ou ironie de l’histoire ? Les historiens trancheront.

 

VI

Nécropole d’Ypres. Cimetière Saint-Charles de Potyze. Là, reposent les restes de quatre mille soldats français.

Le gazon est bien entretenu, bien vert. Les croix alignées à perte de vue. Çà et là des notes de couleurs vives. Des couronnes de coquelicots. Quelques bouquets de fleurs déposés au pied de certaines pierres tombales apportent la preuve que les vivants pensent toujours aux morts. Même s’ils sont morts depuis près d’un siècle. Le temps ne consacre pas l’oubli.

« Dans les champs de Flandres, les coquelicots ondulent » écrivait le poète, John McCrae, engagé dans cette guerre. Témoin privilégié, parce que lui, lui au moins, savait trouver les mots pour dire. Pour débusquer le beau sous la cendre des jours.

Sais-tu comment on appelle les coquelicots chez nous ? Les blessures de l’aimé.

On dit ici que le coquelicot est la fleur du souvenir. Jonchées de coquelicots sur les escaliers de la porte de Menin. Couronnes de fleurs. On commémore aujourd’hui le jour de la première attaque au gaz qui a si durement éprouvé les combattants alliés.

A Saint-Charles de Potyze, très visibles au milieu des croix, des pierres tombales en marbre blanc sont taillées en ogive et portent une inscription en caractères arabes. Elles ne sont pas très nombreuses.

Inutile de chercher le nom du grand-père. Je le sais. Pourtant, je lis tous les noms inscrits sur ces pierres. Pour m’entendre dire leur nom à voix haute. Simplement.

Où sont les autres ? Les corps des 27 783 tirailleurs morts au combat ? Sans doute disséminés à travers les cimetières et les champs de France et de Belgique. Peut-être aussi en Algérie. Mais ils sont rares, très rares, les noms d’indigènes sur les monuments aux morts érigés sur les places des villages de la patrie reconnaissante.

C’étaient des Bicots, des Sidis, des Tiraillous. C’est du moins ainsi que les désignaient les autres soldats. Je ne sais pas s’il faut écrire ces mots avec des majuscules. Ce sont – bien sûr – des mots « affectueux ». Si je dis affectueux, c’est que je sais qu’en temps de guerre, on ne peut rejeter ou mépriser ceux qui sont dans notre camp. Ceux qui se battent à nos côtés. N’est-ce pas ? Même s’ils sont différents. On apprend à vivre avec ces différences. A la guerre comme à la guerre !

La guerre aurait-elle du bon ?

Ceux que l’on hait, que l’on voudrait voir morts, ce sont les hommes d’en face.

Dans ces années-là, les ennemis c’étaient les Boches ou les Fritz. Autres mots « affectueux ».

Les Tirailleurs Algériens étaient aussi surnommés Turcos. Ou encore Hirondelles de la mort. A cause de la forme de leurs moustaches ? Ou peut-être en raison de la façon dont ils fondaient sur l‘ennemi, baïonnette à la main, au mépris de leur vie. C’est ce que rapportent les chroniqueurs.

Décidément les oiseaux…

 

VII

En ville, il ne reste plus aucun stigmate de la guerre. Ou s’il en existe encore, je ne les ai pas vus. Tout a été reconstruit, à l’identique me dit-on. Dans un dépliant publicitaire, j’ai vu des photos de la ville après les bombardements allemands. J’ai du mal à croire que le marché que l’on appelle la Halle aux draps fut presque entièrement détruit ! Aujourd’hui, un campanile et un dragon veillent sur le beffroi, tout comme autrefois.

Obstination et ingéniosité des hommes parfois aussi prompts à détruire qu’à reconstruire. Plus loin, la tour de la cathédrale Saint-Martin surgit au milieu de la ville comme un espoir dressé.

Réveil très matinal. J’ai marché dans la ville, longtemps. Sur les conseils du réceptionniste de l’hôtel, j’ai parcouru un sentier de terre au-dessus des fortifications d’Ypres. Près de trois kilomètres de marche, avec tout au long, une vue imprenable sur le canal.

Pour un peu, je me prendrais pour un touriste !

J’ai dû revenir à l’hôtel pour nettoyer mes chaussures couvertes de poussière blanche. Puis je suis ressorti.
Je me suis arrêté sur la Grand-Place. et pendant quelques instants, je me suis laissé asperger par les gouttelettes du jet d’eau dévié par le vent. La Halle aux draps résonnait de rires et de conversations. Devant la façade, des groupes de lycéens et collégiens assis à même le sol mangeaient leur sandwich avant de commencer la visite du musée. Couleurs vives de leurs vêtements, échos de leurs rires, de leurs courses sous les arcades. Il flotte au-dessus de la place un air d’insouciance et de printemps. La guerre est si loin ! Un siècle déjà. Mais le souvenir de la guerre est toujours là. Dans le musée bien sûr, mais aussi au détour des rues, sur les places, dans le port martial de la statue d’un soldat que l’on peut voir dans une des niches surplombant l’entrée de la Halle aux draps. Hommages multiples aux soldats, combattants de la liberté. Là, deux statues de soldats. Ici, une stèle surmontée d’une croix. Ailleurs, quatre soldats casqués qui montent la garde avec à leurs pieds un lion rugissant. C’est de là, m’apprend un prospectus, que partaient les soldats yprois.

Puis, au gré de mes déambulations, je me suis retrouvé devant une réplique en pierre blanche d’un arc de triomphe romain : la Porte de Menin. Sur chaque mur, sur chaque voûte sont gravés des noms. Ceux des soldats sans sépulture. Des Anglais surtout, mêlés à ceux des soldats qui constituaient les troupes coloniales du Commonwealth. Plus de cinquante mille noms.

Les chiffres ici donnent le vertige.

Jonchées de fleurs et de coquelicots disposés sur les escaliers.

Ce soir, beaucoup de monde dans les rues. C’est la commémoration du 20 avril 1915. Anglais, Ecossais, Néo-zélandais, Français. On se côtoie, on s’interpelle. On se sourit parfois. Drapeaux, fanfares, uniformes de guerre, exposition de médailles. Le tout dans une atmosphère joyeuse, bon enfant.

C’est vrai, on est en temps de paix !

Porte de Menin. Profusion de fleurs et de couronnes de coquelicots. Une foule innombrable attend la célébration d’un moment de commémoration encore plus solennel que d’habitude. The Last Post. Des garçons et des fillettes vêtus de rouge s’alignent sur une estrade. Ils vont chanter. Ensemble, ils entonnent un chant pour la paix. Seule une petite fille au milieu de la troupe ne chante pas. Elle a les bras croisés, le regard perdu. À quoi pense-t-elle ? Puis les noms des soldats tombés au champ d’honneur sont lus. Pas de cris. Pas de larmes.

 

VIII

Premier jour du colloque.

Messieurs en costume de ville et dames pour la plupart en en tenue très sobre. Le noir et blanc domine. Tout ce monde s’affaire dans le hall de réception en attendant l’ouverture. Dans quelques minutes, certains d’entre eux prendront la parole dans la salle de conférences. Le lieu est sobre. Très éclairé. Un écran tapisse tout le mur du fond. Nous sommes réunis pour...

Les interventions se succèdent. Tout est programmé. Minuté. Le temps de parole et la durée à consacrer aux questions du public. Chaque intervenant apporte, l’espace de quelques minutes, sa propre variation au thème de la rencontre. Visages graves. Données. Statistiques. Sur l’écran défilent des dates, des chiffres, des courbes, parfois des photos. Rien ici et maintenant ne prête à sourire.

Il y a des Irakiens. Des Iraniens. Des Anglais. Un Américain. Des Belges, bien sûr, et des Français. Les guerres n’épargnent aucun continent. L’esprit guerrier est la chose du monde la mieux partagée. Les motifs des conflits diffèrent. Les méthodes et procédés de destruction aussi. Mais les conséquences sont toujours les mêmes. Certains intervenants témoignent, d’autres analysent. Le public écoute, sérieux, attentif.

Quelques-uns sommeillent cependant. Le déjeuner a été copieux.

Combien de fois ce matin ont été répétés les mots guerre, armes, morts, nations, victimes ?

Mais, ce sont des mots seulement et des chiffres, me diras-tu. Il n’y a pas de noms. Pas de visage. Pas de cris, pas de larmes.

Je n’assiste pas à toutes les interventions. Je passe une bonne partie de l’après-midi au musée de la guerre, le musée In Flanders Fields.

J’en ressors bouleversé. Je n’ai jamais eu autant l’impression de me rapprocher de mon grand-père. De retrouver son parcours et celui de ses compagnons dans les champs de bataille. Tout ce qui a accompagné sa vie, ses derniers instants, tout est là. Jusqu’aux plus simples objets usuels.

 

IX

Le lendemain, les mêmes hommes. Les mêmes femmes. On se salue. L’atmosphère est plus légère. Les échanges plus nombreux. On me regarde. Discrètement. Pendant la pause café, un homme vient vers moi, une tasse dans une main et un mini-croissant dans l’autre. Il a les yeux bleus, légèrement globuleux, le visage poupin. Il s’approche, affable. Serais-je… ? Serais-je un intervenant ? Non. Je suis journaliste. Je suis venu seul. Pour des raisons personnelles. Je travaille actuellement sur les retombées des essais nucléaires français en Algérie. Ah ! Le sujet n’est pas abordé au cours du colloque. Pas plus que les bombardements au napalm pendant les dernières guerres coloniales.

Je suis à la recherche de… de quoi ? Je ne le sais pas moi-même. L’homme dont je recherche désespérément une trace n’existe nulle part.

J’ai fait une liste de toutes les questions que je n’ai pas posées pendant les débats.

Est-il possible qu’après les guerres les arbres reverdissent ? Où vont les oiseaux en temps de guerre quand leurs nids sont dévastés ?

Est-il vrai, comme le dit John Mc Crae dans son poème, que même sous la mitraille «Les alouettes volent et chantent toujours bravement » ?

Non. Non. Cela n’est vrai que dans les poèmes.

Et c’est même fait pour cela, les poètes. Pour effacer d’un trait de plume toutes les laideurs du monde.
Comment ces hommes-là, ces hommes saturés de visions atroces, même s’ils n’avaient pas la gueule cassée, ont-ils pu revenir à la vie ?

De retour dans la salle, les mêmes mots ou presque. Après la guerre, vient la paix. Accords. Traités. Ratification. Articles. Conventions. De grands mots… je n’écoute pas vraiment tout ce qu’ils disent. Les chiffres. Les statistiques. Les projections. Ils sont entre eux. Ce sont tous des hommes de bonne volonté. Une évidence !

Les oiseaux migrateurs se déplacent le plus souvent pour échapper aux rigueurs du climat ou à une baisse de nourriture liée à des conditions défavorables.

Aujourd’hui, d’autres hommes fuient la guerre. Ils fuient la misère. Ils fuient des lieux, des pays où le simple fait de réclamer un droit résonne comme une provocation, comme un blasphème. Ils sont aujourd’hui des milliers.

La misère et la dictature sont aussi des armes de destruction massive.

Je les avais pourtant préparées, mes questions. Celles qui me tourmentent depuis que je suis là. Depuis que j’ai surpris ces lieux habillés de leur plus éclatante parure, celle dont les revêt le printemps. Je ne les ai pas posées.

 

X

Il fait nuit. J’arrête la voiture au bord d’un chemin. J’écoute les rumeurs qui sourdent de la campagne environnante. Je n’entends que le bruit du vent dans les arbres.

J’imagine le poids de la peur à l’heure où s’épaissit la nuit. L’obscurité. Les cris et les râles. Les tranchées boueuses. Les cratères, les trous, les éboulements, les coulées de boue mêlées aux écoulements de sang. Le grouillement des hommes, des rats et des vers sur les cadavres. Les éclairs des fusées, les sifflements des obus et les détonations. L’horreur en direct live.

Réminiscences littéraires. À l’intérieur même des tranchées, les corbeaux s’affairent à dépecer les cadavres. Ils commencent par les yeux avant de s’attaquer aux matières plus délicates.

Vision d’apocalypse : arbres fantômes, éventrés, dressés contre le ciel.

Ce matin au colloque, quelqu’un a parlé de « forêts de guerre » et de « bois mitraillé ». Des milliers d’arbres abattus pour les besoins militaires ou par les obus. Des ravages des produits toxiques sur la faune et la flore de ces régions dévastées par la guerre. Mais alors, où sont allés les oiseaux ?

 

XI

Dernier jour du colloque. L’on se reconnaît. L’on se salue d’un petit sourire discret. Peu d’auditeurs. Je ne sais pas si c’est parce que les chaises sont inconfortables ou que l’auditoire a jugé qu’il n’avait rien de nouveau à apprendre. Les Irakiens prennent beaucoup de photos.

Tous, nous sommes là pour la paix. For the peace. Min adjli Salam. Pour que dure la paix. Et que volent les colombes. Tout un programme.

Décidément les oiseaux…

Sur les affiches, sur l’écran qui s’éteint maintenant, un mot : « Assez ! »

Enough !

Plus jamais ça.

Vraiment ?

Un serment ?

 

 

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Wo sind die Vögel hin?

I

Dass ich heute hier bin, verdanke ich zum Teil meiner Großmutter. Aber auch, wie du ja weißt, weil ich derzeit die französischen Kernwaffentests in Reggane im algerischen Süden untersuche. Ein willkommener Vorwand.

Diese Großmutter, die du kaum gekannt hast, nannten alle Mama Danya. Erinnerst du dich an sie? Ich bin mir nicht ganz sicher. Du warst kaum fünf, als sie starb. Gerade einmal genügend Zeit, dich in die Arme zu nehmen und sich über die Geburt dieser Enkelin freuen zu können, die ihren Namen trug. Sie sagte über dich, dass du ihr ähneln würdest. Und es stimmt, wenn ich dich heute so anschaue, sehe ich ihre Züge und auch – und das bewegt mich jedes Mal – diese Art, die sie hatte, Augen und Lippen zusammenzukneifen, sobald ihr etwas nicht passte. Du hast sie nicht lange genug gekannt, um dich an ihr Gesicht zu erinnern. Auch nicht genug, um sie von YBER sprechen gehört zu haben.

Deshalb schreibe ich dir diesen Brief. Du bekommst ihn erst, wenn ich wieder zu Hause bin. Au bled. Der Umschlag ist etwas dick, nicht wahr? Du fragst dich wohl, warum ich dir schreibe. Wir telefonieren fast jeden Tag miteinander, seitdem ich hier bin. Das sollte eigentlich genügen. Aber nein! Zumindest nicht für mich. Ich habe beschlossen, jeden Augenblick dieser Reise festzuhalten. Weil es keine Reise wie alle anderen ist. Wenn du den Brief liest, wirst du verstehen warum.

Ich wünschte, dass du nach dem Lesen des Briefes das Gefühl hast, diese Reise mit mir zusammen unternommen zu haben. Aber vor allem so, wie ich sie selbst erlebte, nämlich als Zeitreise.

 

II

Ich brauchte lange, lange, bevor ich verstand, dass Yber, dieses Wort, das ich so oft in meiner Kindheit hörte, nichts anderes war als Ypern, nur von einer alten Frau, die weder lesen noch Französisch sprechen konnte und die Konsonanten dieser Sprache nicht kannte, auf Algerisch ausgesprochen. Diese alte Frau, war sie.

Warum Yber? Warum hat sie nur das behalten? Dieses Wort hatte für sie und für den Rest der Familie einen düsteren Klang. Den Klang nach Tod und Rachsucht.

Yber. Für uns war es ein weit entfernter Ort, unbekannt, Unheil bringend, irgendwo da drüben, auf der anderen Seite des Meeres gelegen. Weit, weit weg. Ich entsinne mich noch, dass man einem Kind, das nicht artig war, damit drohte, es dorthin zu bringen.

Ab dem Moment, als es vor ihr geäußert wurde, nistete sich dieses Wort in ihr Gedächtnis ein, und es verging kein Tag, an dem sie es nicht aussprach. Als ob die einfache Tatsache, „Yber“ zu sagen, die Erinnerung an ihren Mann wachhielt. Sie sagte: „Er starb in Yber.“  Zwangsläufig fügte sie hinzu: „Frankreich hat ihn mir genommen.“

Ich habe dir nie davon erzählt, aber so eigenartig das heute erscheinen mag, hatte meine Großmutter ihren Mann lange vor der Hochzeit gekannt und geliebt. Sie waren Cousins, wuchsen zusammen auf und kamen sich natürlich sehr schnell näher. Verbotene Nähe, verbunden zweifellos mit einer Sinnenlust, die die Moral verbietet, gesteigert durch die Angst, überrascht zu werden, fügte sie mit einem verschmitzten und vielsagenden Lächeln hinzu. Sie erzählte sogar, dass sie und er die Überwachung durch die Erwachsenen auszuspielen wussten, und sich unweit des Dorfes an der Quelle hinter dem Felsen trafen. Sie war wohl vierzehn oder fünfzehn, als sie ihm endlich legal gehörte. Ihre Hochzeit dauerte vierzehn Tage lang. Vierzehn Tage, die ihnen genügten, um ein Kind zu zeugen. „Er wollte einen Sohn, aber ich wollte unbedingt eine Tochter. Damit man sie mir nicht wegnimmt. Damit man sie nicht in den Krieg schickt.“

Es wurde ein Mädchen. Meine Mutter. Ein posthumes Kind.

Ich wusste nichts von der Geschichte dieses Großvaters, der in einem fremden Land gestorben war. Auch nichts von der Geschichte meines Vaters.

Väter, die sicherlich wider Willen der Geschichte begegnet waren.

 

III

Ich habe bei der Ankunft am Flughafen ein Auto gemietet. Fast zwei Stunden Fahrt von Brüssel aus. Um ehrlich zu sein, hatte ich nicht eine so kokette, eine dermaßen helle und lebensbejahende Stadt erwartet. Aber vielleicht ist es ja die Sonne. Heute ist es dort fast so schön wie bei uns. Die Sonne ein wenig kälter, aber der Himmel blau, sehr blau, gerade einmal ein paar feine weiße Wattewolken, Vögel ziehen rasch vorüber. Alles ist ruhig. Alles ist still.

Die an mein Hotel grenzenden Straßen sind menschenleer. Es ist ein bisschen beunruhigend, gebe ich zu, für mich, der ich an den täglichen Lärm der Straßen und Passanten gewohnt bin, die sie zu jedweder Tageszeit beleben. Mir fehlen ein wenig das vertraute Geschrei der Straßenhändler, die Rufe der Männer, die altes Brot sammeln, die fröhlichen Ausrufe der Kinder, die mitten auf der Fahrbahn auf einen Ball schlagen und die Stimmen der Frauen, die sich über die Balkone hinweg unterhalten. Auch das Kreischen der Reifen und die Musik, die aus den Autos mit den heruntergelassenen Fenstern dröhnt, Raï-Musik, Schreie nach Liebe und Schreie der Verzweiflung.

 

IV

Um acht Uhr abends rufst du mich an. Du sprichst mit tränenerstickter Stimme. Hast du einen Fernseher in deinem Zimmer? Hast du die Nachrichten verfolgt? Hast du gesehen?

Ja, habe ich. Ich weiß, wovon du sprichst. Du legst bei diesen Worten auf: „Das ist unerträglich.“

Diese dahintreibenden Boote, diese erhobenen Hände, diese in Rettungsdecken eingehüllten Menschen, diese ausgemergelten, hoffnungslosen Gesichter lassen dir keine Ruhe. Mitten in der Nacht rufst du mich noch einmal an. Du sprichst über eine Stunde. Wie kann man da Schlaf finden? Diese Frauen. Diese Männer. Diese Kinder. Alle von unserem Meer geschluckt. Dem Mittelmeer.

Ich weiß, dass sie in meinen und deinen Träumen vorkommen werden.

Das Meer ist inzwischen zu einem viel größeren und für die Lebenden weniger platzraubenden Friedhof als die Erde geworden. Und dieser Friedhof raubt weder Lebensraum, noch Platz für Getreidefelder oder Bauflächen.

Das Meer verschlingt in seinem Bauch… Fast ließe sich ein Gedicht daraus machen.

Es tilgt jegliche Spur all jener, die glaubten, ihre Träume leben zu können.

Bestenfalls einige über Bord geworfene Blumen. Einige Minuten des Innehaltens. Gebete. Das ist alles.

April 2015. Ein Schiff legt an den italienischen Küsten an. An Bord, Migranten. Männer, Frauen und Kinder. Sie werden von Männern in Empfang genommen, die Masken, Stiefel und weiße Handschuhe tragen. Sie werfen einen scheuen Blick in die Kamera, die sie filmt. Kommentar der Journalistin: „Das sind die wenigen Überlebenden einer fürchterlichen Tragödie. Es soll mehr als siebenhundert Tote gegeben haben.“

Tragödien sind immer furchtbar. Vor allem, wenn sie sich vor dem gleichgültigen Auge der Zuschauer abspielen.

 

V

August 1914: Generalmobilmachung. Frankreich befindet sich im Krieg gegen Deutschland. Algerien ist ein französisches Departement.

Die heroischen Zeiten liegen weit, weit hinter uns, Zeiten der Fanfaren, der lächelnden Frauen und der kleinen Fähnchen, die zum Zeichen des Willkommens geschwenkt wurden, wenn in Frankreich ein Schiff aus Afrika anlegte, aus dem Männer mit Chechias und pittoresken Uniformen strömten.

Ich würde gern Ordnung bringen in das, was ich dir übergebe, in das, was ich sehe. Doch welche Ordnung herrscht denn eigentlich in dieser Welt, als dass wir gewogen wären, kohärent, hörbar oder lesbar zu sein?

April 2015. April 1915.

Einige Jahrzehnte zuvor legte ein Schiff nach dem anderen in den Häfen Frankreichs an. Schiffe voller Männer und Hoffnung. Die Afrika-Armee ging in Toulon, Sète und Marseille vor Anker. Die Männer waren dem Ruf des Vaterlandes gefolgt!

Und die sich an die Landungsbrücke drängende Masse schrie: „Hoch leben die Kolonialtruppen! Auf, Kinder! Rettet das bedrohte Vaterland. Frankreich braucht seine Söhne! All seine Söhne. Ohne Unterscheidung nach Rasse, Farbe oder Religion.“

Gelesen auf einem damaligen Plakat, „Ehre diesen Tausenden indigenen Freiwilligen, die mit ebensolchem Mut wie die Franzosen selbst für das geliebte Frankreich kämpften oder die an der Heimatfront die wertvollsten Dienste leisteten“.

Ein Jahrhundert trennt diese Bilder voneinander.

Mein Großvater war einer dieser Indigenen. Ich weiß nicht, ob er ein Freiwilliger war. Oder auch mutig. Ich weiß nicht, ob Seinesgleichen und er empfänglich waren für den Beifall und die Sympathiebekundungen, die sie beim Verlassen des Schiffes erwarteten.

Mein Großvater, ein Held? Ich glaube, dass er nicht wirklich die Zeit hatte, sich zu profilieren. Er wurde in das 1. Algerische Schützenregiment eingegliedert. Soldaten, die der Feind „Turkos“ nannte.

Ich weiß jetzt, dass mein Großvater am 22. April 1915 in Ypern starb. Sein Regiment war an vorderster Front. Das Wetter an diesem Tag war schön. Er fiel nur einige Monate nach seiner Einberufung. Gestrichen aus den Listen am Tage des Gasangriffs. Genau auf den Tag vor einem Jahrhundert also. Das Datum steht auf einem Schein, den ich kürzlich in den von meiner Mutter aufbewahrten Papieren fand. Dort steht schwarz auf weiß, dass mein Großvater für Frankreich starb. Auf eben diesem Schein steht unter „Grund des Ablebens“ der Vermerk „Verschollen“. Das heißt, dass seine Leiche nicht gefunden wurde. Er ruht irgendwo auf den Schlachtfeldern von Flandern.

Ich möchte, dass du weißt, dass irgendwo in dieser Region, in der ich mich gerade aufhalte, die sterblichen Überreste deines Urgroßvaters liegen. Irgendwo, in dieser Erde, die ich in diesen Frühlingstagen erkunde.

Es sind friedliche, sonnige Orte. Wie kann man nicht von diesem so besonderen Licht ergriffen sein, das durch das Blätterwerk der Bäume schimmert? Sattgrüne und stille Felder. So friedvoll, so still, dass ich mir nur schwer vorstellen kann, dass sie Schauplatz schrecklicher, mörderischer und mitunter barbarischer Militäroperationen waren. Barbarisch seitens der Deutschen, selbstverständlich. Barbaren sind immer die anderen.

Die Geschichtsbücher sprechen von Dienstverpflichtung. Von Aushebung zum Kriegsdienst. Von Freiwilligendienst. Von Einberufungsprämie. Wie und warum ist mein Großvater in den Krieg gezogen? Ohne Blume im Gewehr. Dessen bin ich sicher.

Er war Bauer. Ohne Land. Dessen bin ich mir auch sicher. Er war Analphabet. Meine Großmutter hatte nicht genügend harte Worte, um den Kaid anzuprangern, der ihren Mann in den Tod geschickt hatte. Sie sprach von Auslosung und Ablösung. Aber alles war so konfus in ihrem Kopf, dass sie die Daten, Personen und sogar die Ursachen durcheinanderbrachte. Sie hatte drei Kriege erlebt.

Abdelkader Ben Ahmed Ben Ameur starb für Frankreich.

Und ihr Schwiegersohn, mein Vater, starb einige Jahre später in einem anderen Krieg, er fiel als Kämpfer gegen Frankreich. Tragödie oder Ironie der Geschichte? Die Historiker werden darüber befinden.

 

VI

Gräberstadt von Ypern. Soldatenfriedhof Saint-Charles-Potyze. Dort ruhen die Überreste von viertausend französischen Soldaten.

Der Rasen ist sehr gepflegt, sehr grün. Kreuze in Reih und Glied, soweit das Auge reicht. Hie und da kräftige Farbtupfer. Mohnblumenkränze. Einige Blumensträuße zu Füßen bestimmter Grabsteine sind der Beweis, dass die Lebenden noch immer der Toten gedenken. Selbst wenn sie länger als ein Jahrhundert tot sind. Die Zeit löscht das Vergessen nicht aus.

Auf Flanderns Feldern blüht der Mohn“ schrieb der Dichter John McCrae, der an diesem Krieg teilnahm. Ein berufener Zeitzeuge, weil er wenigstens die richtigen Worte finden konnte, um Zeugnis abzulegen. Um das Schöne aus der Asche der Zeit hervorzuholen.

Weißt du, wie man bei uns die Mohnblumen nennt? Die Wunden des Geliebten.

Man sagt hier, die Mohnblume sei die Blume der Erinnerung. Mohnblumenteppiche auf den Treppen des Ehrenmals der gefallenen Soldaten Großbritanniens und des Commonwealth. Von Blumen gekrönt. Man gedenkt heute des Tages des ersten Gasangriffs, der die alliierten Kämpfer so schwer traf.

In Saint-Charles-de-Potyze ragen inmitten der Kreuze Grabsteine aus weißem, spitzbogenförmig gemeißeltem Marmor mit Inschriften in arabischen Lettern hervor. Sie sind nicht sehr zahlreich.

Zwecklos, den Namen des Großvaters zu suchen. Ich weiß es. Dennoch lese ich alle auf diesen Steinen eingravierte Namen. Um mich laut und deutlich ihren Namen aussprechen zu hören. Einfach nur zu hören.

Wo sind die anderen? Die Gebeine der 27.783 im Kampf gefallenen Infanteristen? Sie liegen gewiss irgendwo auf den Friedhöfen Frankreichs und Belgiens. Vielleicht auch in Algerien. Doch sie sind selten, sehr selten, die Namen von Indigenen auf den Dorfplätzen des dankbaren Vaterlandes errichteten Denkmälern für die Toten.

Das waren Bicots, Drecksaraber, Sidis, Tiraillous. So zumindest wurden sie von den anderen Soldaten bezeichnet. Ich weiß noch nicht einmal, ob man diese Wörter im Französischen mit einem Großbuchstaben schreiben muss. Das sind – selbstverständlich – wohlgenmeinte Spitznamen. Wenn ich „wohlgemeinte“ sage, so weiß ich, dass man zu Kriegszeiten doch nicht diejenigen ablehnen oder verachten darf, die dem eigenen Lager angehören. Die, die an unserer Seite kämpfen. Nicht wahr? Selbst wenn sie anders sind. Man lernt, mit diesen Unterschieden zu leben. Im Krieg sind alle Mittel recht!

Hat der Krieg womöglich auch etwas Gutes an sich?

Diejenigen, die man hasst, die man gern tot sehen möchte, das sind die Männer der anderen Seite.

In diesen Jahren waren die Boches oder die Fritz die Feinde. Andere Spitznamen.

Die Algerischen Infanteristen wurden auch Turkos genannt. Oder Todesschwalben. Wegen der Form ihres Schnurrbartes? Oder vielleicht wegen ihrer Art, auf den Feind loszugehen, das Bajonett in der Hand, und dabei ihr Leben aufs Spiel zu setzen. So wenigstens schildern es die Chronisten.

Ja, die Vögel …

 

VII

In der Stadt gibt es keinerlei Spuren mehr vom Krieg. Oder vielleicht gibt es noch welche, und ich habe sie nur nicht gesehen. Alles wurde wieder aufgebaut, wie vorher, sagt man mir. In einer Werbebroschüre sah ich Fotos der Stadt nach den deutschen Bombenangriffen. Ich kann mir nur schwer vorstellen, dass der Markt, Tuchhalle genannt, fast vollständig zerstört wurde! Heute wie einst bewachen ein Glockenturm und ein Drachen den Belfried. Hartnäckigkeit und Einfallsreichtum der Menschen, die mitunter so schnell zerstören wie wieder aufbauen. Weiter hinten erhebt sich der Turm der Sankt-Martins-Kathedrale wie eine aufrechte Hoffnung mitten in der Stadt.

Sehr frühes Erwachen. Ein langer Spaziergang durch die Stadt. Auf Rat des Angestellten der Hotelrezeption wanderte ich einen Sandweg oberhalb der Befestigungsanlage von Ypern entlang. Ich lief fast drei Kilometer und hatte einen atemberaubenden Blick auf den Kanal.

Fast hielt ich mich für einen Touristen!

Ich musste ins Hotel zurückkehren, um meine mit weißem Staub bedeckten Schuhe zu putzen. Dann ging ich wieder hinaus.

Auf der Grand-Place legte ich eine Pause ein. Und einen Augenblick ließ ich mich von den Wassertropfen des Springbrunnens bespritzen, die der Wind herüberwehte. Von der Tuchhalle kamen Lachen und Gesprächsfetzen herüber. Vor der Fassade saßen Schüler auf dem Boden und aßen vor ihrem Museumsbesuch ihr Sandwich. Farbenfrohe Kleidung, Echo ihres Lachens, ihres Wettlaufs unter den Arkaden. Über dem Platz schwebt ein Hauch von Sorglosigkeit und Frühling. Der Krieg ist so fern! Ein Jahrhundert schon. Doch die Erinnerung an den Krieg ist noch immer da. Im Museum selbstverständlich, aber auch an den Straßenecken, auf den Plätzen, in der martialischen Geste der Statue eines Soldaten, die man in einer Nische über dem Eingang der Tuchhalle sehen kann. Mannigfaltige Würdigung der Soldaten, Kämpfer für die Freiheit. Hier, zwei Soldatenstatuen. Da eine von einem Kreuz erhöhte Stele. Woanders, vier Soldaten mit Helm, die Wache halten, zu ihren Füßen liegt ein brüllender Löwe. Von hier aus, lehrt mich ein Prospekt, zogen die Soldaten aus Ypern an die Front.

Dann, im Laufe meines Spaziergangs, befand ich mich vor einer Nachbildung eines römischen Triumphbogens aus weißem Stein: die Menenpoort. Auf jeder Wand, auf jedem Bogen sind Namen eingraviert. Von Soldaten ohne Grabstätte. Engländer vor allem, darunter Soldaten der Kolonialtruppen des Commonwealth. Mehr als fünfzigtausend Namen.

Die Zahlen sind schwindelerregend.

Blumen und Mohnblumen auf den Treppen in Hülle und Fülle.

Heute Abend, viele Leute auf den Straßen. Es ist die Gedenkfeier für den 20. April 1915. Engländer, Schotten, Neuseeländer, Franzosen. Menschen stehen Seite an Seite, Zurufe. Zulächeln. Fahnen, Fanfaren, Kriegsuniformen, Zurschaustellung von Medaillen. Das alles in einer fröhlichen, entspannten Atmosphäre.

Stimmt, wir leben in Friedenszeiten!

Menenpoort. Ein Meer aus Blumen und Mohnblumenkränzen. Eine unzählige Menge wartet auf den Auftakt einer noch feierlicheren Gedenkveranstaltung als üblich. The Last Post. Rotgekleidete Jungen und Mädchen stehen auf einer Bühne. Sie werden singen. Gemeinsam stimmen sie ein Lied für den Frieden an. Nur ein kleines Mädchen inmitten der Gruppe singt nicht. Sie verschränkt die Arme, sie schaut ins Leere. Woran denkt sie?

Dann werden die Namen der auf dem Ehrenfeld gefallenen Soldaten verlesen. Keine Schreie. Keine Tränen.

 

VIII

Erster Tag des Kolloquiums.

Herren in Businessanzügen und Damen überwiegend schlicht gekleidet. Schwarz und Weiß dominieren. In der Empfangshalle warten alle geschäftig auf die Eröffnung. In wenigen Minuten werden einige von ihnen im Konferenzsaal das Wort ergreifen. Der Raum ist schmucklos. Hell erleuchtet. Eine Leinwand nimmt die gesamte Breite der vorderen Wand ein. Wir sind zusammengekommen, um...

Eine Rede nach der anderen. Alles ist programmiert. Auf die Minute genau. Zeit für die Beiträge und Fragen aus dem Publikum. Jeder Redner stellt innerhalb von wenigen Minuten seine eigene Sicht auf das Thema des Treffens vor. Ernste Gesichter. Fakten. Statistiken. Auf der Leinwand eine Abfolge von Daten, Zahlen, Graphiken und auch Fotos. Nichts hier und jetzt bewirkt ein Lächeln.

Es gibt Iraker. Iraner. Engländer. Ein Amerikaner. Belgier natürlich, und Franzosen. Kriege verschonen keinen Kontinent. Überall auf der Welt gibt es kriegerische Gesinnung. Unterschiedlich sind die Auslöser für die Konflikte. So wie auch die Methoden und Verfahren der Zerstörung. Aber die Folgen sind immer die gleichen. Einige Redner berichten, andere analysieren. Das Publikum hört zu, ernst und aufmerksam. Einige schlummern indessen ein. Das Mittagessen war üppig.

Wie oft wurden heute Morgen die Worte Krieg, Waffen, Tote, Nationen und Opfer wiederholt?

Aber das sind doch nur Worte und Zahlen, wirst du mir sagen. Es gibt keine Namen. Kein Gesicht. Keine Schreie, keine Tränen.

Ich wohne nicht allen Ausführungen bei. Einen guten Teil des Nachmittags verbringe ich im Kriegsmuseum, dem In Flanders Fields Museum.

Ich bin erschüttert, als ich es verlasse. Ich habe den Eindruck, dass ich meinem Großvater nie so nahe war. Dass ich seinen Weg und den seiner Kameraden auf den Schlachtfeldern nachempfinden konnte. Alles, was sein Leben, seine letzten Momente begleitet hatte, alles ist da. Bis hin zu den einfachsten Gebrauchsgegenständen.

 

IX

Am nächsten Tag, dieselben Frauen und Männer. Man begrüßt sich. Die Stimmung ist lockerer. Die Unterhaltungen zahlreicher. Man schaut mich an. Diskret. In der Kaffeepause kommt ein Mann auf mich zu, in der einen Hand eine Tasse Kaffee und ein Minicroissant in der anderen. Er hat blaue, leicht hervorstehende Augen, ein artiges Gesicht. Er kommt näher, freundlich. Gehörte ich…? Gehörte ich vielleicht zu den Rednern? Nein. Ich bin Journalist. Ich bin aus eigenen Stücken hier. Aus persönlichen Gründen. Ich arbeite derzeit über die Auswirkungen der französischen Atomtests in Algerien. Ach! Dieses Thema wird auf dem Kolloquium nicht behandelt. Ebenso wenig wie der Abwurf von Napalmbomben während der letzten Kolonialkriege.

Ich bin auf der Suche nach… ja wonach eigentlich? Ich weiß es selbst nicht. Der Mann, dessen Spuren ich verzweifelt suche, ist nirgendwo zu finden.

Ich habe eine Liste von Fragen aufgestellt, die ich während der Debatten nicht gestellt habe.

Ist es möglich, dass die Bäume nach den Kriegen wieder ausschlagen? Wohin ziehen die Vögel während des Krieges, wenn ihre Nester zerstört sind?

Stimmt es, wie John Mc Crae in seinem Gedicht sagt, dass selbst unter dem Kugelhagel „die Lerchen noch immer tapfer singend [fliegen]“?

Nein. Nein. Das ist nur in den Gedichten wahr.

Und dazu sind sie auch da, die Dichter. Um mit einem einzigen Federstrich alle Hässlichkeit der Welt auszulöschen.

Wie konnten diese Menschen, voller grauenhafter Bilder, selbst wenn sie heil davongekommen waren, wie konnten sie zum Leben zurückfinden?

Zurück im Saal, dieselben Wörter, oder fast. Nach dem Krieg kommt der Frieden. Abkommen. Verträge. Ratifizierung. Artikel. Konventionen. Hehre Worte… ich höre nicht wirklich, was sie sagen. Zahlen. Statistiken. Bilder. Sie sind unter sich. Alles Menschen guten Willens. Selbstverständlich!

Zugvögel suchen oft das Weite, um dem rauen Klima oder dem durch ungünstige Bedingungen hervorgerufenen Nahrungsmangel zu entkommen.

Heute fliehen andere Menschen vor dem Krieg. Sie fliehen vor dem Elend. Sie fliehen aus Orten, aus Ländern, wo allein die Tatsache, ein Recht einzufordern, als Provokation, als Gotteslästerung verstanden wird. Heute sind es Tausende.

Auch Elend und Diktatur sind Massenvernichtungswaffen.

Und dabei hatte ich sie doch vorbereitet, meine Fragen. Solche, die mich quälen, seitdem ich hier bin. Seitdem ich diese in ihren lichtesten Schmuck gekleideten Orte erblickte, den Schmuck, den der Frühling herbeitrug. Ich habe sie nicht gestellt.

 

X

Es ist Nacht. Ich halte das Auto an einem Straßenrand an. Ich höre die Unruhe, die von den umliegenden Feldern herüberdringt. Vernehme nur das Rascheln des Windes in den Bäumen.

Ich stelle mir die bleierne Angst vor, als sich die Nacht verdichtete. Finsternis. Schreie und Röcheln. Gräben voller Schlamm. Trichter, Löcher, Erdrutsche, mit Blutströmen vermischte Schlammlawinen. Das Gewimmel von Männern und Ratten; Würmer auf den Leichen. Raketenblitze, pfeifende Granaten und Detonationen. Horror in Direktübertragung, live.

Literarische Reminiszenzen. Selbst in den Gräben machen sich Raben an den Leichen zu schaffen. Sie beginnen mit den Augen, bevor sie sich über die zarteren Stellen hermachen.

Anblick der Apokalypse: gespenstige, aufgeschlitzte gen Himmel gerichtete Bäume.

Heute Morgen auf dem Kolloquium sprach jemand von „Kriegswäldern“ und von „kartätschtem Holz“. Tausende Bäume für militärische Zwecke oder durch Granaten gefällt. Schäden durch Giftstoffe an der Fauna und Flora dieser durch den Krieg verwüsteten Regionen. Aber wo sind die Vögel hin?

 

XI

Letzter Tag des Kolloquiums. Man kennt sich. Grüßt sich mit einem diskreten Lächeln. Wenige Zuhörer. Ich weiß nicht, ob der Grund die unbequemen Stühle sind oder ob das Publikum der Meinung war, dass es nichts Neues zu erfahren gab. Die Iraker machen viele Fotos.

Alle, alle sind wir für den Frieden hier. For the peace. Min adjli Salam. Damit der Frieden erhalten bleibt. Und die Friedenstauben fliegen. Ein ganzes Programm.

Ja, die Vögel …

Auf den Plakaten und der Leinwand, die nun erlischt, ein Wort: „Genug!“

Enough!

Nie wieder.

Wirklich?

Ein Schwur?

 

 

 

Aus dem Französischen von Christine Belakhdar


Christine Belakhdar wuchs in Berlin auf, studierte Romanistik und lebte anschließend elf Jahre in Algerien. Sie übersetzte zahlreiche Bücher aus dem Französischen ins Deutsche, unter anderem drei Romane von Maïssa Bey.

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Waar gingen de vogels heen?

I

Dat ik er vandaag ben, komt gedeeltelijk door mijn grootmoeder. Maar ook, zoals je weet, omdat ik op dit moment bezig ben met een onderzoek naar de gevolgen van de Franse kernproeven in Reggane, in het Zuiden van Algerije. Dit is dus een mooie aanleiding.

De grootmoeder die jij nauwelijks gekend hebt, werd door iedereen Mama Danya genoemd. Zie je haar nog voor je? Waarschijnlijk herinner je je haar niet meer. Je was nog maar juist vijf jaar oud toen ze stierf. Er waren haar een paar jaren vergund waarin ze je in haar armen kon nemen en zich kon verheugen over de geboorte van een kleindochter die haar naam droeg. Ze zei dat je op haar leek. En dat klopt, wanneer ik vandaag naar je kijk, dan zie ik haar trekken, en ook – en dat ontroert me iedere keer weer – die manier van haar om haar ogen samen te knijpen en haar lippen op elkaar te klemmen zodra haar iets niet beviel. Je hebt haar niet genoeg gekend om je haar gezicht voor de geest te halen. Ook niet lang genoeg om haar te horen praten over YBER.

Daarom schrijf ik je deze brief. Je zult hem pas ontvangen wanneer ik weer thuis ben. Teruggekeerd in mijn Algerijnse dorp. De enveloppe is een beetje dik, vind je niet? Je zult je afvragen waarom ik je schrijf. We spreken elkaar bijna dagelijks aan de telefoon sinds ik er ben. Dat had genoeg kunnen zijn. Maar nee hoor. Tenminste niet als je het mij vraagt. Ik heb besloten ieder woord van deze reis aan het papier toe te vertrouwen. Want dit is niet zomaar een reis. En terwijl je dit leest, zul je begrijpen waarom.

Ik zou willen dat je na het lezen van deze brief het gevoel krijgt dat je samen met mij op reis bent geweest. Maar vooral dat je de indruk krijgt alles op dezelfde manier beleefd te hebben als ik, alsof je een reis door de tijd hebt gemaakt.

 

II

Ik heb tijd, veel tijd nodig gehad voordat ik besefte dat Yber, dat woord dat ik zo vaak in mijn kindertijd hoorde, gewoon Ieper was, maar dan op zijn Algerijns uitgesproken door een oude vrouw die geen Frans las en het ook niet sprak en voor wie Franse medeklinkers nietszeggend waren. Die oude vrouw, dat was zij.

Waarom Yber? Waarom had ze alleen dat onthouden? Het woord riep bij haar en bij de rest van de familie begrafenissen en rouw op, het was verbonden met dood en bitterheid.

Yber. Voor ons was dat een verafgelegen, onbekende, akelige plek die ergens ginder lag, aan de overkant van de zee. Mijlenver aan de overkant. Ik herinner me nog dat je kinderen ermee kon dreigen dat ze daarheen zouden worden gestuurd als ze niet braaf waren.

Sinds de dag dat die naam in haar bijzijn werd uitgesproken, stond hij in haar geheugen gegrift en er ging geen dag voorbij dat zij hem niet op haar beurt uitsprak. Alsof het eenvoudigweg “Yber” zeggen de onaangetaste herinnering aan haar man opriep. Ze zei: ‘Hij stierf in Yber.’ En steevast voegde ze eraan toe: ‘Frankrijk heeft hem van mij afgenomen.’

Ik heb je er nooit over verteld, maar hoe vreemd het vandaag ook mag klinken, mijn grootmoeder kende en beminde haar echtgenoot al lang voor hun huwelijk. Ze waren neef en nicht, groeiden samen op en hadden op een heel natuurlijke manier al heel vlug toenadering tot elkaar gezocht. Verboden toenaderingen, die hoogst waarschijnlijk met genot gepaard gingen dat als immoreel werd beschouwd en dat nog werd verhoogd door de angst betrapt te worden, voegde ze er met een schalks en veelzeggend lachje aan toe. Ze vertelde zelfs dat ze aan de spiedende ogen van de volwassenen wisten te ontsnappen door elkaar te ontmoeten achter de rots waar een bron ontspringt, vlakbij het dorp. Ze zal tussen veertien en vijftien jaar zijn geweest toen zij eindelijk wettelijk de zijne werd. Hun huwelijk duurde twee weken. Twee weken waarin zij het klaarspeelden om voor nageslacht te zorgen. ‘Hij had een zoon willen hebben, maar ik wilde koste wat het kost een meisje. Een meisje zou me niet worden afgepakt. Een meisje zou niet naar de oorlog hoeven.’

Het werd een meisje. Mijn moeder. Een postuum kind.

Ik wist niets van de geschiedenis van deze grootvader die in een vreemd land stierf. En ook niets van de geschiedenis van mijn vader.

Vaders die de geschiedenis tegen het lijf liepen en zich waarschijnlijk met man en macht hebben verzet.

 

III

Na aankomst op de luchthaven huurde ik een auto. Bijna twee uur rijden vanaf Brussel. Om eerlijk te zijn verwachtte ik niet zo’n mooie stad aan te treffen met een zelfverzekerde blik gericht op het licht en het leven. Maar dat komt misschien door de zon. Vandaag is het bijna even mooi als bij ons. De zon is een beetje kouder, maar er is een blauwe, intens blauwe lucht waarin hier en daar wat gewatteerde wolkjes drijven en waar vogels voorbijschieten met de snelheid van een wimperslag. Alles is kalm. Alles is stil.

In de omliggende straten van het hotel waar ik logeer kom je geen levende ziel tegen. Dat is een beetje nieuw moet ik bekennen voor iemand als ik die gewend is aan het dagelijkse straatlawaai en aan de drukte van de vele voorbijgangers op elk uur van de dag. Ik mis een beetje het vertrouwde gevent van rondtrekkende kooplieden, het geroep van de ophalers van droog brood, het vrolijke gejoel van de kinderen die midden op straat een balletje trappen en de stemmen van vrouwen die elkaar vanaf hun balkons van alles toeschreeuwen. Ook het bandengeknars mis ik, net als de muziek die uit de neergelaten autoraampjes naar buiten waait, raïmuziek vol liefdesverdriet en wanhoopskreten.

 

IV

Om acht uur ‘s avonds bel je me. Je praat met een stem vol ingehouden tranen. Heb je televisie op je kamer? Zag je het nieuws? Heb je het gezien?

Ja, ik heb het gezien. Ik weet waarover je het hebt. Je legt op met die zin: ‘Dit is te erg voor woorden.’

Die boten op drift, die opgeheven handen, die lichamen gewikkeld in overlevingsdekens, die uitgehongerde, wanhopige gezichtsuitdrukkingen laten je niet meer los. Midden in de nacht bel je opnieuw. Je praat er meer dan een uur over. Hoe kan een mens nog slapen? Die vrouwen. Mannen. Die kinderen. Allemaal verzwolgen door onze zee. De Middellandse Zee.

Ik weet dat ze zullen terugkeren in mijn en jouw dromen.

Nu is de zee een veel grotere begraafplaats geworden voor de levenden dan de aarde en hij neemt veel minder ruimte in. Die graftombes in zee leggen geen beslag op levensruimte, op graanvelden of op bouwgronden.

En de zee nam mee … je zou er bijna een gedicht over kunnen schrijven.

Het water wist alle sporen uit van mensen die dachten dat ze hun dromen konden waarmaken.

In het beste geval een paar bloemen die in zee worden gegooid. Een paar minuten stilte. Gebeden. Dat was het dan.

April 2015. Een boot voor de Italiaanse kust met migranten aan boord. De mannen, vrouwen en kinderen worden opgevangen door gemaskerde mannen in laarzen met witte handschoenen aan. Ze kijken in de camera die hen filmt. Commentaar van de journaliste: ‘Dit zijn de enige overlevenden van een vreselijke tragedie. Er zouden meer dan zevenhonderd mensen verdronken zijn.’

Tragedies zijn altijd vreselijk. Vooral wanneer ze zich afspelen voor het onverschillige oog van de toeschouwers.

 

V

Augustus 1914: algehele mobilisatie. Frankrijk is in oorlog met Duitsland. Algerije is een departement van Frankrijk.

We zijn ver, heel ver verwijderd van de heroïsche tijden, van de fanfares, van de lachende vrouwengezichten en zwaaiende vlaggetjes om een boot uit Afrika welkom te heten met mannen aan boord met een rode fez op en gestoken in van die schilderachtige uniformen, mannen die zouden uitzwermen over heel Frankrijk.

Ik wilde graag structuur aanbrengen in wat ik je vertel, in wat ik zie. Maar alles wel beschouwd vraag ik me af welke structuur er bestaat in deze wereld die maakt dat wij proberen coherent, verstaanbaar, leesbaar te zijn?

April 2015. April 1915.

Een paar decennia geleden voer de ene na de andere boot Franse havens binnen. Boten vol geladen met mannen en met hoop. Het Afrikaanse leger ging aan land in Toulon, Sète, Marseille. Deze mannen hadden gehoor gegeven aan de oproep van het vaderland!

En de menigte langs de aanlegsteiger schreeuwde: ‘Leve de koloniale troepen! Kom op jongens. We moeten het vaderland in gevaar redden. Frankrijk heeft zijn zonen nodig! Alle zonen. Zonder onderscheid in ras, kleur of godsdienst.’

Op een affiche uit die tijd staat: ‘Hulde aan de duizenden inheemse vrijwilligers die streden voor het geliefde Frankrijk met evenveel moed als de Fransen zelf, of die in het achterland de meest waardevolle diensten hebben geleverd.’

Er ligt een eeuw tussen deze beelden.

Mijn grootvader was een van die inheemse mannen. Ik weet niet of hij vrijwilliger was. Of moedig. Ik weet niet of zijn maten en hijzelf gevoelig waren voor de toejuichingen en blijken van liefde die hun ten deel vielen toen ze aan land gingen.

Mijn grootvader een held? Ik weet niet of hij de tijd heeft gehad om een onderscheiding te behalen. Hij was ingedeeld bij het 1e regiment van de Tirailleurs Algériens. Soldaten die door de vijand ‘Turcos’ werden genoemd.

Ik weet nu dat mijn grootvader stierf op 22 april 1915 in Ieper. Zijn regiment bevond zich in de voorste gelederen. Het was mooi weer die dag. Hij stierf slechts een paar maanden na zijn inlijving bij het leger. Op die dag van de gifgasaanval werd hij van de regimentslijst geschrapt. Dat is dus op de dag af een eeuw geleden. De datum staat op een document dat ik onlangs vond tussen de papieren die mijn moeder heeft bewaard. Er staat zwart op wit dat mijn grootvader voor Frankrijk stierf. Bij ‘doodsoorzaak’ staat ‘verdwenen’. Dat wil zeggen dat zijn lichaam nooit werd gevonden. Hij ligt ergens onder de grond van de Vlaamse slagvelden.

Zie zo. Ik wilde dat je wist dat zich ergens in het gebied waar ik nu op bezoek ben het stoffelijk overschot bevindt van je overgrootvader. Ergens onder de aarde van deze streek die ik tijdens deze lentedagen ontdek.

Het zijn vreedzame, zonnige plekken. Hoe zou je ongevoelig kunnen blijven voor dat bijzondere licht dat door het gebladerte wordt gefilterd? Stille en groene velden. Zo vreedzaam en zo stil dat ik me moeilijk kan voorstellen dat zij het toneel waren van gruwelijke, moorddadige en bij vlagen barbaarse handelingen. Barbaars van de kant van de Duitsers, dat spreekt voor zich. De barbaren, dat zijn altijd de anderen.

De geschiedenisboeken hebben het over opgeëisten. Over dienstplicht. Vrijwillige inzet. Premies bij inlijving. Hoe en waarom ging mijn grootvader de oorlog in? Zonder een bloem in het geweer. Dat weet ik zeker.

Hij was boer. Bezat geen grond. Dat weet ik ook zeker. Hij was ongeletterd. Mijn grootmoeder beschikte niet over voldoende harde woorden om de plaatselijke caïd de mantel uit te vegen die haar man de dood had ingejaagd. Ze had het over loting en dat er iemand vervangen moest worden. Maar alles was zo verwarrend voor haar geweest dat zij data, personen en zelfs oorzaken door elkaar haalde. Ze maakte drie oorlogen mee.

Abdelkader Ben Ahmed Ben Ameur stierf voor Frankrijk.

En zijn schoonzoon, mijn vader, stierf jaren later, tijdens een andere oorlog, omdat hij tegen Frankrijk vocht. Tragedie, of ironie van de geschiedenis? Daarover zullen de historici zich uitspreken.

 

VI

De necropool van Ieper. Begraafplaats Saint-Charles de Potyze. Hier bevindt zich het stoffelijk overschot van zo’n vierduizend Franse soldaten.

De grasperken zijn goed onderhouden, mooi groen. Kruisen in het gelid zover het oog reikt. Hier en daar een paar vrolijke kleuren. Kransen van klaprozen. Een paar boeketten die voor sommige grafstenen zijn neergelegd wijzen erop dat de levenden de doden nog steeds herdenken. Zelfs wanneer ze al bijna een eeuw dood zijn. Vergeten wordt niet door de tijd bezegeld.

In Flanders fields the poppies blow/between the crosses, row on row,’ schreef de dichter John McCrae, die in deze oorlog vocht. Hij was een bevoorrechte getuige want hij kon tenminste de woorden vinden om iets uit te spreken. Om het mooie op te delven onder de as der dagen.

Weet je hoe klaprozen bij ons heten? De wonden van de geliefde.

Er wordt gezegd dat de klaproos de bloem van de herinnering is. De trappen van de Menenpoort zijn bezaaid met kransen van ‘poppies’. Vandaag wordt de eerste gifgasaanval herdacht waaronder de geallieerde strijdkrachten zo erg hebben geleden.

Op Saint-Charles de Potyze zie je tussen de kruisen duidelijk zichtbaar witmarmeren grafstenen die bovenin overgaan in een boog met daarin een inscriptie in het Arabisch. Er staan er niet veel.

Het is nodeloos zoeken naar de naam van mijn grootvader. Dat weet ik heus wel. Toch lees ik alle in steen gehouwen namen. Zodat ik zelf hoor hoe ik ze na elkaar opnoem. Dat is alles.

Waar zijn alle anderen? De bataljons van de 27.783 tirailleurs die sneuvelden in de strijd? Die liggen waarschijnlijk verspreid over de begraafplaatsen en velden van Frankrijk en België. Misschien ook in Algerije. Maar het komt zelden, heel zelden voor dat je de namen ziet van gesneuvelde inheemse soldaten op herdenkingsmonumenten die in dorpen werden opgericht in naam van het dankbare vaderland.

Het waren moorkoppen, Sidis, Tiraillous. Zo werden ze tenminste door de andere soldaten genoemd. Ik weet niet of je dergelijke woorden met een hoofdletter moet schrijven. Het is natuurlijk niet kwaad bedoeld, want in tijden van oorlog kun je je niet permitteren de mensen in je eigen kamp uit te sluiten of te minachten. Degenen die aan onze zijde vechten. Nietwaar? Zelfs wanneer ze anders zijn. Je leert te leven met verschil. In de oorlog moet je je nu eenmaal aanpassen!

Zou oorlog ook iets goeds teweegbrengen?

Degenen die je haat, die je dood wil zien, zijn de mannen die bij de andere kant horen.

In die jaren waren de vijanden de Moffen of in Frankrijk les Fritz. Dat was ook niet kwaad bedoeld.

De Tirailleurs Algériens werden ook Turcos genoemd. Of zwaluwen van de dood. Kwam dat door de vorm van hun snor? Of misschien door de manier waarop ze zich op de vijand stortten met hun bajonet in de aanval en met gevaar voor eigen leven. Dat vertellen de historici.

Inderdaad de vogels …

 

VII

In de stad zelf zie je geen littekens van de oorlog meer. Of als ze er nog zijn dan is het mij ontgaan. Alles is hier opnieuw opgebouwd, precies zoals voorheen, vertelde men mij. In een folder zag ik foto’s van de stad na de Duitse bombardementen. Ik kan maar moeilijk geloven dat de Lakenhalle bijna helemaal werd verwoest! Vandaag waken net als vroeger een klokkentoren en een draak over het Belfort. Een bewijs van koppig doorzettingsvermogen en vernuft van de mens die soms even snel weer opbouwt wat hij heeft vernietigd. Iets verder weg verrijst de toren van de Sint-Maartenskathedraal middenin de stad als een vorm van gerezen hoop.

Ik was heel vroeg uit de veren en wandelde lang door de stad. Op aanraden van de receptionist van het hotel volgde ik een route langs de aarden wallen van de Ieperse Vestingen. Bijna drie kilometer stappen en de hele tijd genoten van het betoverend uitzicht over het kanaal.

Het scheelt niet veel of ik ben me aan het ontpoppen als toeriste.

Ik moest terug naar het hotel om mijn schoenen te poetsen die onder het witte poederstof zaten. Daarna ging ik opnieuw de deur uit.

Ik bleef staan op de Grote Markt en liet me eventjes besprenkelen door fonteindruppeltjes die door de wind waren meegevoerd. In de Lakenhalle weerklonk gelach en luid gepraat. Voor de hoofdingang zaten groepjes scholieren op de grond hun broodje te eten voordat het museumbezoek begon. Ze droegen vrolijke kleuren, en onder de bogen weerklonk hun gelach en hun voetstappen. Boven de Grote Markt hangt een sfeer van zorgeloosheid en lente. De oorlog is zo ver weg! Het is al een eeuw geleden. Maar de herinnering aan de oorlog is nog levend. In de musea natuurlijk, maar ook in straten, op pleinen, in de martiale houding van een soldaat in een nis van een van de gevels van de Lakenhalle. Talrijke huldes aan soldaten, strijders voor de vrijheid. Daar twee beelden van soldaten. Hier een gedenksteen met een kruis erbovenop. Elders vier gehelmde soldaten die de wacht houden met een brullende leeuw aan hun voeten. Van daaruit, zo vertelt een brochure, vertrokken de soldaten uit Ieper.

Terwijl ik op goed geluk mijn weg vervolgde, kwam ik uit bij een replica in witte steen van een Romeinse triomfboog: de Menenpoort. Op alle muren en gewelven staan de namen van vermiste soldaten. Vooral Engelsen, maar ook namen van soldaten die in de koloniale troepen van de Commonwealth meevochten. Meer dan vijftigduizend namen.

Hier word je duizelig van de cijfers.

De trappen liggen bezaaid met kransen van klaprozen.

Vanavond zijn er veel mensen op straat. Dat komt vanwege de herdenking aan 20 april 1915. Engelsen, Schotten, Nieuw-Zeelanders, Fransen. Zij aan zij, mannen roepen naar elkaar. Soms wordt er geglimlacht. Vlaggen, fanfares, oorlogsuniformen, er worden militaire onderscheidingen getoond. Allemaal in een uitgelaten, gemoedelijke sfeer.

Dat is waar ook, we leven in tijden van vrede!

Menenpoort. Overal bloemen en kransen van ‘poppies’. Een enorme menigte wacht op het plechtige herdenkingsmoment van het blazen van The Last Post. In rood geklede jongens en meisjes gaan in een rij op een verhoging staan. Ze beginnen te zingen. Samen brengen ze een vredeslied ten gehore. Alleen een klein meisje in het midden van de groep zingt niet mee. Ze houdt haar armen gekruist en staart in de verte. Waaraan denkt ze?

Daarna worden de namen voorgelezen van soldaten die sneuvelden op het veld van eer. Geen geschreeuw. Geen tranen.

 

VIII

Eerste congresdag.

Heren in pak en discreet geklede dames. Zwart en wit zijn de overheersende kleuren. Iedereen stroomt richting ontvangsthal en wacht op de openingstoespraak. Over een paar minuten zullen sommigen onder hen het woord nemen in de congreszaal. De plek is sober. Heel licht. Voor een van de muren hangt een groot scherm. We zijn hier samen om …

De lezingen volgen elkaar op. Alles is geprogrammeerd, klokvast. Na een lezing is er even tijd voor vragen vanuit het publiek. In een paar minuten behandelt iedere voordracht een aspect van het onderwerp van de conferentie. Ernstige gezichten. Gegevens en statistieken. Op het scherm verschijnen data, cijfers, grafieken, soms foto’s. Niets vormt op dit moment een aanleiding om te glimlachen.

Er zijn Irakezen. Iraniërs. Engelsen. Een Amerikaan. Belgen natuurlijk en Fransen. Geen enkel continent wordt door oorlogen gespaard. Een hang naar oorlog is iets wat we wereldwijd het meest met elkaar delen. De oorzaken van de conflicten verschillen. De methodes en procedures om te vernietigen eveneens. Maar de gevolgen veranderen niet. Sommige sprekers getuigen, andere analyseren. Het publiek luistert ernstig en met aandacht. Maar sommigen zijn ingedommeld. De lunch was overvloedig.

Hoe vaak werden vanochtend de woorden oorlog, wapens, gesneuvelden, naties, slachtoffers herhaald?

Maar dat zijn slechts woorden en cijfers, zul je zeggen. Er vielen geen namen. Het ging niet om gezichten. Geen geschreeuw, geen tranen.

Ik woon niet alle voordrachten bij. Een goed deel van de namiddag breng ik door in het In Flanders Fields Museum.

Na afloop ben ik diep geraakt. Nooit had ik het gevoel zo dicht bij mijn grootvader te zijn geweest. Ik kreeg een indruk van wat hij en zijn kameraden op het slagveld moeten hebben meegemaakt, van alles wat ze onderweg tegenkwamen. Ving iets op van het moment voordat hij zijn laatste adem uitblies, alles kun je er zien. Tot en met de meest eenvoudige gebruiksvoorwerpen.

 

IX

De volgende dag tref ik dezelfde mannen, dezelfde vrouwen aan. We groeten elkaar. De sfeer is lichter. Er wordt meer uitgewisseld. Ik voel blikken op mij gericht. Het gebeurt discreet. Tijdens de koffiepauze komt een man naar me toe met in zijn ene hand een kopje en in zijn andere een mini-croissant. Hij heeft blauwe, een beetje uitpuilende ogen en een popperig gezicht. Hij vraagt heel aardig of ik ... misschien spreekster op dit congres ben? Nee. Ik ben journaliste. Ik ben hier alleen. Om persoonlijke redenen. Ik werk op dit moment aan een stuk over de gevolgen van de Franse kernproeven in Algerije. O, ja? Het onderwerp komt niet aan de orde tijdens het congres. Net zo min als de napalmbombardementen tijdens de voorbije koloniale oorlogen.

Ik ben op zoek naar … wat? Ik weet het zelf niet. De man van wie ik wanhopig een spoor hoop te vinden, komt nergens voor.

Ik heb een lijst gemaakt van alle vragen die ik niet heb gesteld tijdens de discussies.

Is het mogelijk dat bomen na oorlogen weer bladeren krijgen? Waar gaan vogels heen in oorlogstijd wanneer hun nesten worden verwoest?

Is het waar wat John McCrae dicht dat zelfs onder mitrailleurvuur ‘in the sky the larks, [are] still bravely singing’?

Nee. Dat kan niet. Dat klopt alleen in gedichten.

En daarom zijn er dichters. Om alle gruwelijks in de wereld uit te wissen met een pennenstreek.

Hoe hebben deze mannen hun leven weer kunnen oppakken, zelfs zonder kapotgeschoten gezichten, maar met hun hoofd boordevol gruwelijke beelden?

Terug in de zaal waar we bijna dezelfde woorden krijgen voorgeschoteld. Na de oorlog komt er vrede. Akkoorden. Verdragen. Ratificatie. Artikelen. Conventies. Bombastische woorden … eigenlijk luister ik niet echt naar wat ze zeggen. Cijfers. Statistieken. Powerpoints. Ze zijn onder elkaar. Allemaal mensen van goede wil. Dat spreekt voor zich!

Trekvogels gaan meestal weg om te ontsnappen aan een streng klimaat of aan voedselgebrek als gevolg van ongunstige omstandigheden.

Vandaag zijn het andere mensen die op de vlucht slaan voor oorlog. Ze ontvluchten armoede. Ze ontvluchten plekken, landen waar het simpele feit dat je opkomt voor je rechten klinkt als provocatie, als godslastering. Vandaag zijn ze met duizenden.

Armoede en dictatuur zijn ook massavernietigingswapens.

Ik had die vragen toch voorbereid. Ze houden me bezig sinds ik hier ben. Sinds ik me heb laten verrassen door deze plekken die nu een betoverende aanblik bieden, baden in lentepracht. En ik heb ze niet gesteld.

 

X

Het is nacht. Ik stop met de auto langs de kant van de weg. Ik luister naar de geluiden die het platteland voortbrengt. Ik hoor slechts het geruis van de wind in de bomen.

Literaire herinneringen. In de loopgraven zijn de raven bezig met lijkenpikken. Ze beginnen met de ogen voordat ze overgaan tot openrijten van meer delicate lichaamsdelen.

Beelden van de Apocalyps: verminkte, kapot geschoten bomen tekenen zich af tegen een blote hemel.

Vanochtend sprak iemand op het congres over ‘oorlogsbossen’ en ‘met kogels doorzeefd hout’. Duizenden bomen gekapt voor militaire doeleinden of neergehaald door granaten. Het ging over de noodlottige gevolgen voor flora en fauna in deze streek als gevolg van de inzet van giftige stoffen. Maar waar gingen de vogels dan heen?

 

XI

Het is de laatste congresdag. We herkennen elkaar. We glimlachen voorzichtig naar de andere congresgangers. Er is weinig publiek. Ik weet niet of dat komt omdat de stoelen niet lekker zitten of omdat de toehoorders vonden dat ze niets nieuws te weten kwamen. De Irakezen maken veel foto’s.

We zijn hier allemaal voor vrede. For the peace. Min adjli Salam. Moge de vrede duurzaam zijn. En moge de duiven opstijgen. Ja, dat is nogal wat.

Inderdaad de vogels …

Op de posters en op het scherm dat nu uitgaat staat een woord : ‘Genoeg!’ ‘Assez!’

Enough!

Dit nooit meer.

Echt?

Plechtig beloofd?

 

 

Vertaald uit het Frans door Désirée Schyns

Podcast voorgelezen door Evi Hoste

 

Désirée Schyns is als docente vertalen Frans-Nederlands en Vertaalwetenschap verbonden aan de Faculteit Letteren en Wijsbegeerte van de Universiteit Gent. Zij publiceert over literair vertalen en over cultural memory in relatie tot de Algerijnse onafhankelijkheidsoorlog. Ze vertaalde werk van onder meer Mokeddem, Sarraute, Laâbi, Kofman, Djebar, Tawada en werkt momenteel samen met Philippe Noble aan de vertaling van A l’ombre des jeunes filles en fleurs van Marcel Proust. Zie ook: http://flw.ugent.be/desiree.schyns

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Where Did the Birds Go?

I

If I'm here today it's partly because of my grandmother. But also, as you know, because I'm currently investigating the French nuclear tests in Reggane, in Southern Algeria. A ready-made excuse.

Everyone called her Mama Danya, this grandmother you barely knew. Do you remember her? I'm not so sure. You were just five years old when she died. Just long enough for her to take you into her arms and be thrilled at the birth of this little girl who had her name. She said you looked like her. And it's true. When I look at you now, I see her features and also – I always find this so moving – the way she would squint and purse her lips as soon as there was anything wrong. You didn't know her long enough to remember her face. Nor long enough to hear her talk about YBER.

That's why I'm writing you this letter. You'll only receive this letter once I'm back home. In the village. It's a thick envelope, isn't it? You must wonder why I'm writing to you. We've been speaking on the phone almost every day since I've been here. That should be enough. But no. At least not for me. I've decided to record every moment of this trip. Because this isn't a trip like any other. And you'll understand why when you read this letter.

I hope that after you've read it, you'll feel as though you've been travelling with me. But above all, that you’ll experience it the same way I did – as though you’ve taken a trip through time.

 

II

It took me a while, a long time, to discover that Yber, the word I'd heard so often as a child, was none other than Ypres, pronounced in Algerian by an old woman who could neither read nor speak French, and who didn't know its consonants. That old woman was her.

Why Yber? Why was that all she remembered? The word had taken on for her and for the rest of the family a dismal ring. That of death and resentment.

Yber. For us, it was a faraway place, unknown, evil, located somewhere over there, across the sea. Far beyond it. I can still remember it; as a threat they'd tell a child that if he was naughty, he'd be taken there.

Ever since the day it had been uttered in front of her, this word had been embedded in her memory, and not a day went by when she didn't utter it herself. As though the mere fact of saying "Yber" gave her back, intact, the memory of her husband. She would say, "He died in Yber," and never failed to add, "It's France that took him away from me."

I've never told you but, strange as it may sound nowadays, my grandmother had met and loved her husband long before their wedding. They were cousins, had grown up together and naturally had quickly become close. A forbidden closeness, no doubt accompanied by pleasures morality disapproves of, heightened by the fear of being discovered, she would add with a mischievous, eloquent smile. She even said that he and she knew how to elude adult surveillance and meet behind a rock that harbours a spring, right next to the village. She must have been about fourteen or fifteen when, finally, she became legally his. Their marriage lasted two weeks. Two weeks that were long enough for them to procreate. "He would have liked a son, but I wanted a girl with all my heart. So nobody would take her away from me. So she wouldn't be sent to war."

It was a girl. My mother. A posthumous child.

I knew nothing of the story of this grandfather who had died in a foreign country. Or anything of my father's story, either.

Fathers who had had an encounter with history, no doubt against their will.

 

III

I hired a car when I arrived at the airport. Almost two hours' drive from Brussels. To be honest, I didn't really expect such a consciously pretty city, so focused on light and life. But perhaps it's the sun. Today, the weather is almost as lovely as ours back home. The sun is a little cooler but the sky is blue, very blue, spoilt only by a few light, white, woolly clouds, criss-crossed by flying birds as swift as the blink of an eye. Everything is calm. Everything is silent.

There isn't a soul in the streets around the hotel where I'm staying. I admit it's a little unsettling for me, since I'm used to the daily racket of the street and the passers-by who occupy it all day long. I slightly miss the familiar cries of itinerant salesmen, the shouts of dry bread collectors, the joyful exclamations of children hitting a ball in the middle of the road and the voices of women calling out to each other from their balconies. Also the screeching tires and the music spilling out of the rolled down windows of the cars, raï music, laments of love and despair.

 

IV

You call me at eight in the evening. Your voice is shaken with sobs as you speak to me. Do you have a television in your room? Did you hear the news? Did you see?

Yes, I saw. I know what you're talking about. You hang up with these words: "It's too hard."

These boats adrift, these raised hands, these bodies wrapped in foil blankets and these hungry, desperate expressions haunt you. You call me again in the middle of the night. You talk about it for over an hour. How can one sleep? These women. These men. These children. All swallowed by our sea. The Mediterranean Sea.

I know they will inhabit my dreams and yours.

The sea is now a much larger graveyard than the earth, and much less inhibiting for the living. It is a graveyard that does not encroach on living spaces, wheat fields or construction sites.

The sea swallows within it... One could almost write a poem.

It erases all trace of those who thought they could live out their dreams.

At best, a few flowers are thrown overboard. A few minutes of silence. Prayers. That's all.

April 2015. A boat draws up along the Italian coast. On board are migrants. Men, women, children. They are received by men in masks, boots and white gloves. They glance, distraught, at the camera filming them. The journalist's comment: "These are the few survivors of a terrible tragedy. They say that there are over seven hundred people shipwrecked."

Tragedies are always terrible. Especially when they unfold before the indifferent eyes of the audience.

 

V

August 1914: General mobilization. France is at war with Germany. Algeria is a department of France.

We're a long, long way away from heroic times, brass bands, smiling women and little flags waved in welcome whenever a boat arrived from Africa and poured out men wearing fezes and such colourful uniforms onto French soil.

I would like to put some order into what I am giving you, into what I see. But, after all, what order is there in this world, that we should seek to be coherent, audible and readable?

April 2015. April 1915.

A few decades earlier, boats were drawing alongside one another in French harbours. Boats loaded with men and hopes. The African army was disembarking in Toulon, Sète and Marseille. Men had responded to the call of the homeland!

And the crowds gathered along the wharf were shouting, "Long live the colonial troops! Allons enfants! We must save the homeland in danger! France needs her sons! All her sons! Without distinction of race, colour or religion!"

A notice of the time said, "A homage to the thousands of native volunteers who fought for our beloved France with as much courage as the French themselves, or who gave the most valuable assistance in the rearguard."

A century separates these images.

My grandfather was one of those natives. I don't know if he was a volunteer. Or even if he was brave. I don't know if he and his peers were touched by the acclamations and expressions of love that greeted them as they came off the boat.

My grandfather, a hero? I don't think he really had the time to distinguish himself. He was recruited into the 1st Tirailleur regiment. Soldiers the enemy nicknamed "Turcos".

I now know that my grandfather died at Ypres on 22 April 1915. His regiment was on the front line. It was a sunny day. He died just a few months after being recruited. Crossed off the list on the day of the gas attack. So, a century ago to the day. The date is written on a record I very recently found among the papers my mother had kept. It says in black and white that my grandfather died for France. On the same record, next to "Cause of Death", it says "Missing", which means that his body wasn't found. He lies somewhere on the Flanders battlefield.

There. I'd like you to know that, somewhere in this area I'm travelling through, lie the remains of your great-grandfather. Somewhere within this land I am discovering during these spring days.

It's a peaceful, sunny place. How can one not be touched by the special quality of the light that filters through the tree leaves? Green, silent fields. So peaceful, so silent that I struggle to picture them as the theatre of ghastly, murderous, sometimes barbaric operations. Barbaric on the part of the Germans, naturally. It's always others who are the barbarians.

History books talk of requisition. Of conscription. Of voluntary enlistment. Of a recruitment bonus. How and why did my grandfather go to war? There was no flower in the barrel of his rifle. Of that I am sure.

He was a peasant. With no land. Of that I am also sure. He was illiterate. My grandmother couldn't find words hard enough to condemn the qaid who'd sent her husband to his death. She'd mention the drawing of lots, substitutions. However, it was all such a muddle in her head that she confused dates, people and even causes. She lived through three wars.

Abdelkader Ben Ahmed Ben Ameur died for France.

And his son-in-law, my father, died a few years later during another war, died fighting against France. Tragedy or one of history's ironies? Historians will decide that.

 

VI

The Ypres necropolis. The cemetery of Saint-Charles de Potyze. There lie the remains of four thousand French soldiers.

The lawn is well tended, nice and green. Rows of crosses as far as the eye can see. Splashes of bright colours here and there. Poppy wreaths. A few bunches of flowers placed at the foot of some of the tombstones stand in evidence that the living still think about the dead. Even though they've been dead for nearly a century. Time does not sanction forgetting.

"In Flanders fields the poppies blow," wrote the poet John McCrae, who fought in this war. A privileged witness because he, at least, could find the words to describe it. To flush beauty out of the daily ashes.

Do you know what we call poppies, back home? The wounds of the beloved.

Over here, they say that the poppy is the flower of remembrance. The steps to the Menin Gate are strewn with poppies. Flower wreaths. Today, they're commemorating the day of the first gas attack which put Allied soldiers to such a harsh test.

In Saint-Charles de Potyze, standing out amid the crosses, there are arch-shaped white marble tombstones that carry inscriptions in Arabic characters. There aren't very many of them.

It's pointless looking for my grandfather's name. I know. And yet I read all the names inscribed on these stones. So that I can hear myself utter their names out loud. That's all.

Where are the others? The bodies of the 27,783 infantrymen who died in action? Probably scattered around the cemeteries and fields of France and Belgium. Perhaps also in Algeria. However, it's rare, very rare, to find the names of natives on the monuments to the dead erected in the village squares of the grateful homeland.

They were Wogs, Sidis, Tiraillous. At least, that's what the other soldiers called them. I don't know if I should write these words in capitals. They are – of course – words of "affection". I say affection, because I know that in wartime you cannot reject or look down on those who are on our side. Those who are fighting alongside us. Right? Even if they're different. You learn to live with these differences. You have to make the best of things!

Is there anything good about war?

The ones we hate, and want dead, the men opposite us.

Back then, Huns and Fritzes were the enemy. Other words of "affection".

Algerian Tirailleurs were also nicknamed Turcos. And Death Swallows. Was it because of the shape of their moustaches? Or perhaps because of the way they charged at the enemy, bayonets in hand, in defiance of their lives. That's what chroniclers reported.

Definitely birds...

 

VII

There are no war scars left in the city. Or if there are any, I haven't seen them. Everything has been rebuilt exactly as it was, they tell me. I've seen photos of the city after German bombardment in a publicity brochure. It was hard to believe that the market they call the Cloth Hall was destroyed almost entirely. Nowadays, a bell tower and a dragon watch over the belfry, just like in the past. The stubbornness and ingenuity of men, who are sometimes as quick to destroy as they are to rebuild. A little further, the tower of Saint Martin's Cathedral soars in the middle of the city like hope erect.

I woke up very early. I walked around the city for a long time. Taking the hotel receptionist's advice, I followed the dirt pathway beneath the Ypres fortifications. Almost a three-kilometre walk with, all along it, an unrestricted view of the canal.

I'd almost think I was a tourist!

I had to go back to the hotel to wipe my shoes, which were covered in white dust. Then I went back out.

I stopped on the Market Place, and let myself be sprayed by the drops of a water jet blown over by the wind. The Cloth Hall was resounding with laughter and chatter. Outside the façade, a group of secondary and high school pupils were on the ground, eating their sandwiches, before starting their museum visit. The bright colours of their clothes, the echo of their laughter, of their running beneath the arcades. A carefree, spring atmosphere floats above the square. The war is far, far away. A century already. Yet the memory of the war is still here. In the museum, of course, but also on street corners, on the squares, in the military bearing of the statue of a soldier you can see in the niches dominating the entrance to the Cloth Hall. Multiple tributes to the soldiers who fought for freedom. A stela with a cross on top here, two statues of soldiers there. Elsewhere, four soldiers wearing helmets are standing guard, a roaring lion at their feet. A leaflet informs me that this is where Ypres soldiers would depart from.

Then, as I wandered, I found myself before a stone replica of a Roman triumphal arch: the Menin Gate. There are names engraved on every wall, on every vault. Those of soldiers without graves. There are British, in particular, mixed with those of soldiers who constituted the colonial troops of the Commonwealth. Over fifty thousand names.

The figures here make your head spin.

The steps are strewn with flowers and poppies.

There are a lot of people in the streets this evening. It's the commemoration of 20 April 1915. English, Scots, New Zealanders, French. People mingle and call out to one another. Sometimes they smile. Flags, brass bands, war uniforms, medals on display. The whole thing in a cheerful, good-natured atmosphere.

That's right – it's peace time!

The Menin Gate. An abundance of flowers and poppy wreaths. A huge crowd is attending an even more solemn moment of commemoration than usual. The Last Post. Little boys and girls in red line up on a stage. They're about to sing. Together, they intone a song for peace. There's just one little girl in the midst of the company who isn't singing. She has her arms crossed and looks lost. What is she thinking?

Then they read out the names of the soldiers killed in action. No screams. No tears.

 

VIII

First day of the symposium.

Gentlemen in suits and ladies mostly in very sober outfits. There's a prevalence of black and white. Everybody's bustling in the lobby, waiting for the opening. In a few minutes' time, some of them will speak in the conference hall. It's a sober place. Brightly lit. The back wall is covered with a large screen. We're gathered together in order to...

There's a series of talks. Everything is scheduled. Timed. How long everybody speaks for and the length of time devoted to questions from the public. In a few minutes, each speaker puts forward his or her take on the theme of the meeting. Serious faces. Data. Statistics. Dates, figures, graphs and sometimes photos appear on the screen. There's nothing here and now that's worth smiling about.

There are Iraqis. Iranians. British. An American. Belgians, of course, and French. Wars don't spare any continent. The spirit of war is the one thing in the world everybody has in common. The reasons for the conflicts may be different. As well as the methods and processes of destruction. But the consequences are always the same. Some speakers bear witness, while others analyse. The audience listens, seriously, attentively. Yet some are dozing. It was a large lunch.

How many times have the words war, weapons, dead, nations and victims been repeated this morning?

But – you'll say to me – it's just words and figures. There are no names. No faces. No screams. No tears.

I don't attend all the talks. I spend much of the afternoon at the war museum, the In Flanders Fields Museum.

I come out upset. Never before have I felt so close to my grandfather. Discovering his journey and that of his companions on the battlefield. All that accompanied his life and his final moments, it's all here. Down to the simplest everyday objects.

 

IX

The next day, it's the same men. The same women. We say hello. The atmosphere is a little lighter. There are more exchanges. People look at me. Discreetly. A man comes up to me during the coffee break, a cup in one hand and a mini-croissant in the other. He has blue, slightly protruding eyes, and a slightly chubby face. He approaches, affably. Am I...? Am I a speaker, by any chance? No, I'm a journalist. I'm here on my own. For personal reasons. I'm currently working on the fallouts from French nuclear testing in Algeria. Ah. The subject isn't being tackled at the symposium. Nor are the napalm bombings during the last colonial wars.

I'm searching for... for what? I don't even know myself. The man whose trace I'm desperately looking for is nowhere.

I've made a list of all the questions I haven't asked during the debates.

Is it possible for trees to turn green again after wars? Where do birds go during wartime, when their nests are destroyed?

Is it true, as John McCrae says in his poem, that even under shellfire "The larks, still bravely singing, fly"?

No. No. This is true only in poems.

And that's what poets are for. To erase all the ugliness in the world with the stroke of a pen.

How could these men, saturated by visions of atrocities even if they didn't have horrific injuries, come back to life?

Back in the conference room, it's the same words or almost. After war comes peace. Agreements. Treaties. Ratification. Articles. Conventions. Big words... I'm not really listening to everything they're saying. Figures. Statistics. Projections. They're with their own sort. They're all men of goodwill. Obviously!

Migratory birds travel mostly in order to escape a harsh climate or a decrease in food linked to unfavourable conditions.

Nowadays, it’s other men who flee from wars. They flee from poverty. They flee from places, countries where the mere fact of claiming one's right sounds like a provocation, like blasphemy. There are thousands of them nowadays.

Poverty and dictatorship are also weapons of mass destruction.

And yet I had prepared my questions. The ones that have been tormenting me since I've been here. Since I came upon this place that's dressed up in its most splendid apparel, the one that spring has cloaked it in. I haven't asked them.

 

X

It's night time. I stop the car at the edge of a path. I listen to the muffled sounds from the surrounding countryside. I can only hear the wind in the trees.

I imagine the burden of fear at the moment when the night grew deeper. The darkness. The screams and groans. The muddy trenches. The craters, the holes, the landslides, the flow of mud mixed with the flow of blood. The swarm of men, rats and worms over the dead bodies. The flash of the flares, the hissing of the shells and explosions. A live broadcast of the horror.

Literary recollections. Inside the trenches, crows are busy dismembering corpses. They start with the eyes before attacking more delicate matter.

An apocalyptic sight: ghostly, gutted trees rising up against the sky.

This morning, at the symposium, somebody mentioned "war forests" and "machine-gunned woods". Thousands of trees felled for military requirements or by shells. The devastation by toxic substances of the flora and fauna of this area devastated by war. But then where did the birds go?

 

XI

Last day of the symposium. People recognise one another. They greet one another with a discreet little smile. Few people in the audience. I don't know if it's because the chairs are uncomfortable or because people thought there was nothing new to learn. The Iraqis take a lot of pictures.

We are, all of us, here for peace. Min adjli Salam. So that peace might last. And doves might fly. It's all in the schedule.

As for the birds...

On the posters and the screen that's now being switched off, there's a word: "Enough!"

Never again.

Really?

Is that a pledge?

 

 

 

Translated from French by Katherine Gregor

 

Katherine Gregor (Rome, 1965) translates from Italian, French and Russian.  Recent credits include Francesca Melandri's Eva Sleeps, Eric-Emmanuel Schmitt's The Carousel of Desire and Alexis Ragougneau's The Madonna of Notre Dame. Katherine also writes plays, fiction and a regular blog (scribedoll.wordpress.com)